Veillée des familles du monde avec le Pape

par Paroisse Bougival

Veillée des familles du monde avec le Pape

Extrait de la Veillée des familles du monde avec le Pape - 26.9.2015

Le texte ci-dessous, préparé avant la Rencontre Mondiale des Familles, n'a pas été lu . Le Pape a préféré répondre aux questions, aux témoignages, dans un discours improvisé. Il est cependant considéré comme lu donc comme un texte de son Magistère.

Chers frères et sœurs, chères familles,

(...) combien il est important pour nous de partager nos vies de famille et de nous entraider dans cette merveilleuse et exaltante tâche d’« être une famille ».

Etre avec vous me fait penser à l’un des plus beaux mystères de notre foi chrétienne. Dieu n’a pas voulu venir dans le monde autrement que dans une famille. Dieu n’a pas voulu approcher l’humanité autrement que dans un foyer. Dieu n’a pas voulu pour lui-même d’autre nom qu’Emmanuel (cf. Mt 1, 23). Il est « Dieu avec nous ». C’était son désir depuis le commencement, son objectif, son effort constant : nous dire : « Je suis Dieu avec vous, je suis Dieu pour vous ». Il est le Dieu qui, dès le début de la création, dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2, 18).

Nous pouvons ajouter : il n’est pas bon que la femme soit seule, il n’est pas bon pour les enfants, pour les personnes âgées, pour les jeunes, d’être seuls. Ce n’est pas bon. C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère, et s’attache à sa femme, et les deux deviennent une seule chair (cf. Gn 2, 24). Les deux sont destinés à devenir un foyer, une famille.

Depuis des temps immémoriaux, au plus profond de notre cœur, nous avons entendu ces mots puissants : il n’est pas bon pour toi d’être seul. La famille est la grande bénédiction, le grand don de ce « Dieu avec nous » qui n’a pas voulu nous abandonner à la solitude d’une vie sans les autres, sans défis, sans foyer.

Dieu ne rêve pas en solitaire, il essaye de faire toute chose « avec nous ». Son rêve permanent devient réalité dans les rêves de nombreux couples qui travaillent à faire de leur vie une vie de famille.

C’est pourquoi la famille est le symbole vivant du plan d’amour que le Père a rêvé autrefois. Vouloir fonder une famille, c’est se décider à faire partie du rêve de Dieu, choisir de rêver avec lui, vouloir construire avec lui, se joindre à lui dans cette épopée de la construction d’un monde où personne ne se sentira seul, indésirable, ou sans foyer.

En tant que chrétiens, nous apprécions la beauté de la famille et de la vie de famille comme le lieu où nous apprenons la signification et la valeur des relations humaines. Nous apprenons qu’« aimer quelqu’un n’est pas seulement un sentiment fort – c’est une décision, c’est un jugement, c’est une promesse » (Erich Fromm, The Art of Loving). Nous apprenons à tout miser sur une autre personne, et nous apprenons que cela vaut la peine.

Jésus n’était pas un célibataire endurci, loin de là ! Il a pris l’Eglise comme épouse, et a fait d’elle un peuple à lui. Il a donné sa vie pour ceux qu’il aimait, de sorte que son épouse, l’Église, puisse toujours savoir qu’il est Dieu avec nous, avec son peuple, avec sa famille. Nous ne pouvons pas comprendre le Christ sans son Église, comme nous ne pouvons pas comprendre l’Église sans son époux, le Christ Jésus, qui a donné sa vie par amour, et qui nous a fait voir que cela vaut la peine.

Donner sa vie par amour n’est pas facile. Comme pour le Maître, « tout miser » peut parfois entraîner la croix. Parfois quand tout semble difficile. Je pense à tous ces parents, à toutes ces familles qui n’ont pas de travail ou qui n’ont pas les droits des travailleurs, et combien cela est une vraie croix. Que de sacrifices font-ils pour gagner leur pain quotidien ! Il est compréhensible que, lorsque ces parents rentrent à la maison, ils soient si exténués qu’ils ne peuvent pas donner le meilleur d’eux-mêmes à leurs enfants.

Je pense à toutes ces familles qui n’ont pas de logement ou qui vivent entassées. Des familles qui manquent du minimum pour être en mesure de construire des liens d’intimité, de sécurité et de protection face aux ennuis de toutes sortes.

Je pense à toutes ces familles qui n’ont pas accès aux services élémentaires de santé. Des familles qui, lorsqu’elles affrontent des problèmes médicaux, surtout quand il s’agit des membres les plus jeunes ou les plus âgés, dépendent d’un système qui ne satisfait pas leurs besoins, qui est insensible à leur peine et leur impose de lourds sacrifices pour recevoir un traitement approprié.

On ne peut pas qualifier de saine une société lorsqu’elle ne garantit pas une réelle place à la vie de famille. On ne peut pas penser qu’une société a un avenir lorsqu’elle ne fait pas passer des lois capables de protéger les familles et d’assurer leurs besoins fondamentaux, surtout ceux des familles qui sont à leurs débuts. Que de problèmes seraient résolus si nos sociétés protégeaient les familles et offraient aux ménages, spécialement aux couples récemment mariés, la possibilité d’avoir un travail digne, un logement et des services médicaux pour les accompagner au cours de la vie.

Le rêve de Dieu est inchangé ; il demeure intact et nous invite à travailler pour une société qui soutienne les familles. Une société où le pain, « fruit de la terre et du travail des hommes » continue à être mis sur la table de chaque foyer, pour nourrir l’espérance des enfants.

Les familles parfaites n’existent pas. Cela ne doit pas nous décourager. Tout au contraire ! L’amour est une chose que nous apprenons ; l’amour est une chose que nous vivons ; l’amour grandit dans la mesure où il est « forgé » par les situations concrètes dont chaque famille fait l’expérience. L’amour naît et se développe constamment entre ombres et lumières. L’amour peut s’épanouir entre l’homme et la femme qui essayent de ne pas faire du conflit le dernier mot, mais plutôt une nouvelle opportunité. Une opportunité pour chercher de l’aide, une opportunité pour nous demander en quoi nous avons besoin de nous améliorer, une opportunité pour découvrir le Dieu qui est avec nous et qui ne nous abandonne jamais. C’est le grand héritage que nous pouvons donner à nos enfants, une très bonne leçon : nous faisons des erreurs, oui ; nous avons des problèmes, oui. Mais nous savons que ce n’est pas cela qui compte vraiment. Nous savons que les erreurs, les problèmes, les conflits sont une occasion de nous approcher les uns des autres, de nous approcher de Dieu.

Ce soir nous sommes venus prier ensemble, prier en tant que famille, pour faire de nos foyers le visage joyeux de l’Église. Pour rencontrer ce Dieu qui n’a pas voulu venir dans notre monde d’une autre manière que dans une famille. Pour rencontrer « Dieu avec nous », le Dieu qui est toujours parmi nous.

 

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