1ère oeuvre (suite) - Œuvres de Miséricorde

par Paroisse Bougival  -  #Enseignement

1ère oeuvre (suite) - Œuvres de Miséricorde
1ère oeuvre (suite) - Œuvres de Miséricorde

Les Œuvres de Miséricorde : Première œuvre de Miséricorde :

Donner à manger aux affamés    Suite !

Du Conseil Pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation.

Le Notre Père dit : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour » (Mt 6, 11 ; Lc 11, 1-4).

En Palestine, la nour­riture de base était le pain, tant et si bien que pour désigner le fait de se nourrir, on utilisait l'expression « manger du pain» (Gn 37, 25). Une telle importance se retrouve dans l'appel­lation de Dieu, à qui on demande le pain lorsqu'on dit que c'est « Lui [qui] donne le pain à tous les vivants» (Pr 136,25) ou « Si le pain manque, tout manque» (cf. Am 4, 6 ; Gn 28,20).

La faim est caractéristique dans l'expé­rience du désert du peuple de Dieu : « Souviens-toi de tout le chemin que Yahvé ton Dieu t'a fait faire pendant quarante ans dans le désert, afin de t'humilier, de t'éprouver et de connaître le fond de ton cœur: allais-tu ou non garder ses commandements ? Il t'a humilié, il t'a fait sentir la faim, il t'a donné à manger la manne»
(Dt 8,2-3).

Cette drama­tique expérience permet de comprendre de façon significative l'expression prophétique : « Voici venir des jours - oracle de Yahvé - où j'enverrai la faim dans le pays, non pas une faim de pain, non pas une soif d'eau, mais d'entendre la parole de Yahvé» (Am 8, Il).

Parmi les aliments du désert, le pain a diffé­rentes significations symboliques.

D'abord, la manne, qui est qualifiée de «froment des cieux », « pain des forts» (Ps 78, 24-25) et de « nourriture des anges» (Sg 16, 20). On le voit aussi comme symbole de la « Parole de Dieu» (Dt 8, 3 ; Is 55, 2.6.11), des « voies de l'intelligence» (Pr 9, 5) et même de « sagesse» (Si 15,3 ; cf. Si 24, 18-20).

D'autre part, la faim est caractéristique des pauvres; ceux que Jésus appelle bienheureux, ceux qui ont « faim », donc « soif de justice » (Mt 5, 6). Aussi, lors de la première tentation, la réponse de Jésus reprise du livre du Deuté­ronome (Dt 8, 3) résonne: « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Mt 4, 4 ; Lc 4,4).

Par ailleurs, la Lettre de saint Jacques répondant à la problématique de l'Église primitive nous laisse un message très clair: «À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : "j’ai la foi", s'il n'a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise: "Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez­-vous", sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi: si elle n'a pas les œuvres, elle est tout à fait morte» (Jc 2, 14-17).

L’un des passages de l'encyclique Caritas in Veritate (2009) de Benoît XVI en est une synthèse, puisque l'œuvre de Miséricorde « donner à manger aux affamés » est présentée comme une responsabilité ecclésiale, issue de l'action même de Jésus de Nazareth, en citant le chapitre 25 de l'Évangile de Matthieu :

« Dans bien des pays pauvres, l'extrême insé­curité vitale, qui est la conséquence des carences alimentaires, demeure et risque de s'aggraver : la faim fauche encore de très nombreuses victimes parmi les innombrables Lazare auxquels il n'est pas permis de s'asseoir, comme le souhaitait Paul VI, à la table du mauvais riche. Donner à manger aux affamés (cf. Mt 25,35.37.42) est un impératif éthique pour l'Église universelle, qui répond aux enseignements de solidarité et de partage de son fondateur, le Seigneur Jésus. Eliminer la faim dans le monde est devenu, par ailleurs, à l'ère de la mondialisation, une exigence à poursuivre pour sauvegarder la paix et la stabi­lité de la planète. La faim ne dépend pas tant d'une carence de ressources matérielles, que d'une carence de ressources sociales, la plus importante d'entre elles étant de nature insti­tutionnelle [ ... ]. Le droit à l'alimentation, de même que le droit à l'eau, revêtent un rôle important pour l'acquisition d'autres droits, en commençant avant tout par le droit fonda­mental à la vie. Il est donc nécessaire que se forme une conscience solidaire qui considère l'alimentation et l'accès à l'eau comme droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination» (CV, 27).

La faim symbolise donc la nécessité d'une nourriture véritable, et l'Évangile de Jean précise que seul Jésus est en mesure de la rassasier, car il est lui-même « pain de vie» (Jn 6, 5-35). De plus, il est très révélateur de constater que dès l'origine, la célébration eucharistique recentre tout autour du partage du pain que l'on remet, « la fraction du pain» (Lc 24, 35 ; Ac 2, 42 ; 20, 7), expression qui montre bien que l'Eucharistie part du geste du partage et du don que Jésus a fait: « Puis, prenant du pain, il rendit grâce, le rompit et le leur donna, en disant: "Ceci est mon corps, donné pour vous" (Lc 22, 19 ; 1 Co Il, 24) ». C'est pourquoi le sacrement de l'Eucharistie sera ainsi appelé par le concile Vatican II « la source et le sommet de toute la vie chré­tienne» (LG, Il).