3ème oeuvre - Les œuvres de Miséricorde

par Paroisse Bougival  -  #Enseignement

3ème oeuvre - Les œuvres de Miséricorde
3ème oeuvre - Les œuvres de Miséricorde

Les Œuvres de Miséricorde [suite !!!] : 3ème œuvre de Miséricorde :

  Vêtir ceux qui sont nus. (Extrait du livre du P.Vidal « soyez miséricordieux » Editions le Laurier)

 « J'étais nu, et vous m'avez vêtu» (Mt 25, 36). C'est notre Seigneur lui-même qui a clairement énoncé, toujours dans son discours eschatologique, la 3ème œuvre de miséricorde corporelle. La nourriture et la boisson satisfont les besoins matériels les plus élémentaires de l'homme, la faim et la soif, deux opérations que nous pourrions qualifier d'« intérieures », car ayant pour but la subsistance et un bon état général de notre organisme. Or, à la différence des animaux, le corps humain exige en plus, dès la naissance, une couverture extérieure pour survivre et évoluer convenablement dans son milieu ambiant. Aussi, depuis les temps préhistoriques, les hommes ont-ils cherché à se protéger contre le froid et les intempéries, en grande partie grâce à la peau des animaux et, bien plus tard, au textile.

Pour être complet, nous devons ajouter que le vêtement fait aussi partie de la visibilité de la personne humaine, de ce que nous pourrions appeler son image personnelle. Autrement dit, que l'habillement va bien au-delà de la simple protection contre le froid et les autres intempéries, car il doit être en plus un reflet de la dignité de la personne, créée à l'image de Dieu et selon sa ressemblance. Ce qui comporte une nouvelle série d'exigences concrètes, à intégrer elles aussi dans cette œuvre de miséricorde.

En jouant un peu sur les mots, nous pouvons dire que ces œuvres de « piété» sont aussi des œuvres de « pitié » et qu'elles invitent à s'émouvoir devant la souffrance d'autrui et à tout faire pour la soulager dans la mesure de nos possibilités. Cependant, si tout doit commencer par une « émotion » devant ces détresses, il ne suffit pas d'en rester là. Par ailleurs, malgré le sens le plus courant du mot « émotion », ici il ne signifie pas forcément une altération sensible de notre émotivité, mais plutôt l'impact que telle ou telle situation de détresse devrait avoir sur nous. Autrement dit, il s'agira la plupart du temps d'une émotion pour ainsi dire intellectuelle, au besoin en conclusion d'un raisonnement, surtout lorsque nous n'arrivons pas à éveiller notre sensibilité.

Dans ce cas, nous passerons à l'action, que nous ressentions quelque chose ou non, et c'est l'essentiel. L’apôtre saint Jacques n'a-t-il pas écrit dans son épître, ce texte si éloquent ? : « Supposons qu'un frère ou une sœur n'ait pas de quoi s'habiller, ni de quoi manger tous les jours; si l'un de vous leur dit: ''Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !" sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ?» (Jc 2, 15-16), Au vu de toutes ces considérations, que devons-nous faire pour être à la hauteur des attentes de notre Seigneur ?

• Si nous pensons d'abord à la prière, plus concrètement à la sainte messe comme nous l'avons fait pour la faim et pour la soif, sachons qu'il n'existe pas de messe votive particulière pour demander à Dieu de quoi nous vêtir. Néanmoins, il me semble que, sans forcer les choses, nous pourrions nous référer à la messe votive « Pour le développement des peuples », puisque l'habillement est un des signes les plus clairs du niveau de vie de chaque individu ou d'une collectivité. N'hésitons donc pas à réciter la prière collecte de cette messe: « Seigneur tu as voulu que tous les peuples soient les membres solidaires d'une même humanité et se développent chacun selon sa grâce; remplis de ton amour le cœur de tes enfants, afin qu'ils se passionnent pour le sort de leurs frères : et puisque tu as confié la terre aux hommes pour qu'elle serve à l'épanouissement de tous, que chaque peuple ait les moyens de travailler à sa croissance, dans le respect des autres et la justice»

• Cela étant fait, y aurait-il d'autres moyens de participer à des actions encore plus directes dans ce domaine ? Il va sans dire que la réponse est affirmative. Comme par exemple, sur un plan personnel, le soin apporté à nos pièces de vêtement, afin qu'elles durent le plus longtemps possible et soient habituellement en bon état, ce qui constitue de surcroît une marque de politesse et de respect envers les autres, puisque nous devons éviter tout ce qui pourrait les choquer. Évitons aussi les excès de raffinement dans le choix de nos habits, une sorte d'addiction aux modes et à certaines marques de notoriété mondiale; et, dans tous les cas, les dépenses inconsidérées, comme nous l'avons par ailleurs signalé pour la nourriture. Et puis, les paroisses et certaines institutions font des collectes de vêtements, une occasion excellente de faire bénéficier autrui des vêtements dont nous n'avons plus l'usage. À condition, bien entendu, qu'ils soient présentables et en bon état, car il ne s'agit pas d'une opération « vide-grenier », mais d'une expression de la charité.

• Quant au sens spirituel de cette troisième œuvre, il n'est pas trop difficile à trouver. Il suffit de citer ces beaux propos du Seigneur sur la montagne: « Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? » (Mt 6, 25).

Si notre tenue vestimentaire est importante, pour autant qu'elle doive être un reflet de notre dignité et de notre condition personnelle, la beauté de l'âme l'est encore plus. À cet égard, rappelons-nous que les vertus qui doivent l'orner (charité, amabilité, esprit de service, humilité, etc.) sont des« habitudes» bonnes, ou des « habitus », mots qui ont précisément pour racine « habit ». Que nous en soyons conscients ou non, nos qualités et nos défauts sont le vrai habillement de notre âme, l'aspect le plus voyant de l'image que nous offrons aux autres.

• Je pense aussi à la parabole des invités au festin des noces du fils du Roi (cf. Mt 21, 2-14). Un des invités a osé entrer dans la salle du banquet sans porter la tenue requise. Étant entré alors pour examiner les convives, le roi l'a aperçu. « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces? » L'autre resta muet. Alors le roi dit aux valets: « Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. » Selon la tradition de l'Église, la tenue de noces, c'est la vertu de charité et l'état de grâce. Voilà le vrai vêtement qu'il faut porter, surtout pour préparer notre mort. Dès lors, «vêtir ceux qui sont nus », c'est aussi penser à leur âme, à leur relation personnelle avec Dieu et leur faciliter éventuellement la réconciliation avec lui dans une bonne confession.

Beaucoup de chrétiens portent un vêtement « marial », le scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel, une bonne protection et une excellente préparation à l'heure de notre mort. Ce qui n'exclut pas les autres prières que nous adresserons à la Vierge Marie, Mère de tous les hommes, pour que « ceux qui sont nus» trouvent le vêtement qui correspond à leur dignité d'enfants de Dieu.