4ème œuvre - Les Œuvres de Miséricorde

par Paroisse Bougival  -  #Enseignement

 4ème œuvre - Les Œuvres de Miséricorde

Accueillir les étrangers. (Extrait du livre du P.Vidal « soyez miséricordieux » Editions le Laurier)

  « J’étais un étranger et vous m'avez accueilli» (Mt 25, 35), a poursuivi notre Seigneur dans son évocation du Juge­ment dernier, ce qui a abouti à la quatrième œuvre de miséricorde corporelle. Il est possible de suivre sans difficulté particulière le fil de sa pensée. D'abord, il a énoncé les besoins les plus élémentaires de l'homme: manger, boire, se protéger contre le froid et les intempéries. Maintenant, il évoque un nouveau besoin qui, lui, se rattache à la dimension sociale de la personne. En effet, pour de multiples raisons, la vie dans la cité comporte une sorte de mobilité qui se traduit par de nombreux déplacements. Or, surtout à l'époque où il parlait, tout voyage comportait des risques, pouvant aller jusqu'à la perte de la vie. L’accueil du voyageur était dès lors vital.

Ainsi c'est le cas d'un des protagonistes de la parabole du Bon Samaritain qui se déplaçait à travers une région assez peu habitée et désertique, sur une route très exposée. « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort» (Lc 10,30). Au Sermon sur la montagne, nous trouvons pratiquement la même idée dans un des signes qu'il a indiqués pour reconnaître le bon disciple, en plus du sel de la terre, la lampe allumée sur le lampadaire ou le levain enfoui dans la pâte, « Une ville, située au sommet d'une montagne, ne peut être cachée» (Mt 5, 14). Un disciple du Christ doit donc ressembler à une ville qui offre au voyageur fatigué l'abri sûr de ses remparts et un point de ravitaillement indispensable pour aller jusqu'au terme du voyage,

Depuis quelques années, le nombre de réfugiés et de migrants n'a cessé d'augmenter partout. surtout vers les pays les plus développés de l'Europe, Avec, parfois, des tragédies impressionnantes, comme ces naufrages en Méditerranée qui ont coûté la vie à des centaines d'enfants, d'hommes et de femmes, S'en étant profondément ému, en juillet 2013, le saint-père s'est rendu à l'île de Lampedusa pour célébrer la sainte messe et dire le fond de sa pensée: « Immigrés morts en mer, dans ces bateaux qui au lieu d'être un chemin d'espé­rance ont été un chemin de mort, Ainsi titrent des journaux, Il y a quelques semaines, quand j'ai appris cette nouvelle, qui malheureusement s'est répétée tant de fois, ma pensée y est revenue continuellement comme une épine dans le cœur qui apporte de la souffrance. Et alors j'ai senti que je devais venir ici aujourd'hui pour prier, pour poser un geste de proximité, mais aussi pour réveiller nos consciences pour que ce qui est arrivé ne se répète pas, Que cela ne se répète pas, s'il vous plaît! »

Quels sont donc nos devoirs pour cette question si délicate? Et en quoi et comment devraient-ils se traduire pour nous dans la pratique?

• D'après ses propos, le Saint-Père est allé à Lampedusa surtout pour prier. Encore et toujours la prière, comme premier moyen et première obligation d'un chrétien, quel que soit le problème auquel il est confronté. Et la meilleure des prières est une fois de plus la sainte messe, puisque c'est le Christ qui y présente nos supplications à son Père, en les intégrant dans son offrande personnelle. L'Église a prévu une messe votive « Pour les réfugiés et les exilés », dont voici la prière collecte, si utile pour exprimer opportunément nos sen­timents les plus sincères : « Seigneur, aucun homme n'est pour toi un étranger, et nul n'est si loin que tu ne puisses le secourir : n'oublie pas les réfugiés, les exilés, les enfants séparés de leur famille; que prennent fin leurs souffrances, et donne-nous, pour accueillir ceux que le monde rejette, l'amour et le respect que tu leur portes, »

• Cette prière nous indique assez précisément l'attitude qu'un bon disciple du Christ doit avoir face à ce genre de problèmes. Il est question d'amour et de respect, c'est-à-dire en premier lieu d'intérêt. Notre regard ne peut pas glisser sur la manchette des journaux, ou sur une page Internet, sans y sentir une épine qui se cloue douloureusement dans notre cœur. Le Concile Vatican Il a tenu à souligner les liens fraternels qui unissent tous les hommes entre eux: « Dieu, qui veille pater­nellement sur tous, a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères. Tous, en effet, ont été créés à l’image de Dieu, qui a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain issu d'un prin­cipe unique» (Ac 17, 26), et tous sont appelés à une seule et même fin, qui est Dieu lui-même » (Gaudium et spes, n° 24). C'est sans doute pour nous un premier point à voir dans notre examen personnel.

• Toujours lors de son déplacement à Lampedusa, le Saint-Père a aussi évoqué l'attitude de Caïn après avoir tué son frère Abel, surtout la réponse évasive qu'il a donnée à Dieu à propos du sort de son frère: « Suis-je le gardien de mon frère? » (Gn 4, 9) « Où est ton frère? », la voix de son sang crie vers moi, dit Dieu. Ce n'est pas une question adressée aux autres, c'est une question adressée à moi, à toi, à chacun de nous. Ceux-ci parmi nos frères et sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix; ils cherchaient un rang meilleur pour eux et pour leurs familles, mais ils ont trouvé la mort. Combien de fois ceux qui cherchent cela ne trouvent pas compréhension, ne trouvent pas accueil, ne trouvent pas solidarité! Et leurs voix montent jusqu'à Dieu! »

• Dans sa lettre pastorale pour l'Année de la Miséricorde (4 novembre 2015), Mgr Echevarria, Prélat de l'Opus Dei, insiste sur nos devoirs en cette matière: « Au fil du temps, certaines œuvres de miséricorde corporelles ont changé d'énoncé ou d'application. L'aide aux pèlerins se traduit maintenant par « donner un toit à celui qui n'en a pas ». De nos jours, cela suppose d'aider les migrants qui ont abandonné leur pays à la recherche d'un travail, de meilleures conditions de vie, etc. Aucun disciple du Maître ne saurait se dispenser de s'occuper de ces hommes, de ces femmes, ou parfois de familles entières. Je pense particulièrement aux chrétiens qui sont persécutés pour des motifs religieux, et dont l'exil doit aviver en nous la conscience de la Communion des saints.»

Soyons sûrs que la Vierge Marie suit avec son plus grand amour maternel les pas de chacun de ses enfants, en parti­culier de ceux qui, étant en grande difficulté, sont contraints de tout abandonner et de partir à la recherche de conditions de vie plus acceptables. Prions-la de nous aider à « accueillir l'étranger », non seulement les réfugiés et les migrants, mais peut-être des personnes de notre entourage à qui nous devrions ouvrir toutes grandes nos portes et offrir la chaleur d'un foyer et d'une fraternité authentiquement chrétienne.

 4ème œuvre - Les Œuvres de Miséricorde