11ème oeuvre - Les Oeuvres de Miséricorde

par Paroisse Bougival  -  #Enseignement

11ème oeuvre - Les Oeuvres de Miséricorde
11ème oeuvre - Les Oeuvres de Miséricorde

Les Œuvres de Miséricorde [suite !!!] : 11 ème œuvre de Miséricorde :

Consoler les affligés (Extrait du livre du P.Vidal « soyez miséricordieux » Editions le Laurier)

 

S’il fallait citer un texte évangélique pouvant être à l'origine de cette nouvelle œuvre de miséricorde, nous reprendrions sans la moindre hésitation une des béatitudes :

« Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Mt 5, 5). En effet, n'avons-nous pas là tout en­semble l'affliction et la consolation qui peut la soulager ? Affliction, ou, souvent au pluriel, les afflictions, les épreuves qui causent une profonde douleur. Et, simultanément, une profonde compassion et des entrailles de miséricorde pour tout ce qui contrarie notre prochain et le fait souffrir. Autre­ment dit, une compassion active et opérante qui aboutit à la consolation. Soyons convaincus que Dieu nous a accordé à tous le pouvoir singulier d'apporter à ceux qui sont dans la détresse un réconfort, sur le plan moral ou matériel.

 

L'homme étant un être sensible, le verbe « affliger» recouvre un vaste domaine sémantique. On est « affligé » parce que dominé par la tristesse devant un mal ou l'absence d'un bien convoité. Mais on est aussi « affligé » d'un défaut personnel ou d'un malheur, avec pratiquement les mêmes conséquences, surtout la tristesse. Dans tous les cas, les malheurs ou les défauts dont notre prochain se trouve « affligé » ne sauraient nous laisser indifférent. Qui pourrait rester insensible devant les larmes d'un ami venant de perdre un être cher ou ayant fait l'objet d'une vile calomnie, avec de lourdes conséquences pour lui et pour les siens ? Certainement personne ! Mais en­core faudrait-il s'en apercevoir, devrions-nous ajouter.

C'est pourquoi, à ce stade de nos commentaires, il peut être utile de rappeler un trait important des Évangiles, donc de l'action et de la prédication de Jésus, source et origine de tout geste de miséricorde. Avez-vous remarqué l'importance que le verbe « voir » a dans certaines paraboles ou, plus en général, dans l'ensemble des récits de la vie publique ? Ainsi de l'histoire du Bon Samaritain où les trois personnages ont « vu » le malheureux voyageur que des brigands avaient laissé à demi-mort sur le bord de la route. Pour l'esquiver, un prêtre et un lévite ont carrément pris l'autre côté, alors que le Samaritain a été touché de compassion et fait le né­cessaire (cf. Lc 10, 30 sq). Et nous avons aussi souligné la force du regard de Jésus devant la détresse des foules, « harassées et abattues, comme des brebis qui n'ont pas de pasteur » (Mt 9, 36). Lui, il voyait tout et mettait en branle toutes ses énergies pour venir en aide aux affligés.

Dès lors, nous comprenons mieux le bien-fondé du dicton populaire: « loin des yeux, loin du cœur ». Le Saint-Père a consacré toute une exhortation apostolique à la joie de l'Évangile, dont nous pouvons citer fort à propos les lignes suivantes: « Le don de Jésus sur la croix n'est autre que le sommet de ce style qui a marqué toute sa vie. Séduits par ce modèle, nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leurs nécessités, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager pour la construction d'un monde nouveau, coude à coude avec les autres. Toutefois, non pas comme une obligation, comme un poids qui nous épuise, mais comme un choix personnel qui nous remplit de joie et nous donne une identité.» (La joie de l'Évangile, n° 269)

• Comment consoler les affligés et que faire pour soulager les détresses qui se dressent constamment sur notre route tout au long de la vie? C'est encore la réaction du Seigneur devant la misère des foules qui peut nous éclairer: « Priez le Maître de la moisson ». À cette intention aussi, l'Église a prévu une messe votive, au titre universel: « Pour toute détresse ». Avec une belle prière qui confie à Dieu tout ce qui peut faire couler les larmes de notre prochain: « Dieu qui es notre force dans la faiblesse et notre consolation dans la misère, relève l'espérance de ton peuple. Qu'il sorte grandi de ses épreuves, et reprenne souffle en ton amour ». Belle prière qui nous permettra de placer sous le regard miséricordieux de Dieu les situations, événements, personnes, etc., qui affligent ceux que nous rencontrons. Mais aussi le profit spirituel qu'ils pourraient tirer de ces circonstances délicates et difficiles s'ils com­prenaient un autre mot du Seigneur: « Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage! Moi, j'ai bel et bien vaincu le monde. » (Jn 16, 33).

• L'expression « œuvres de miséricorde » fait penser à des actions concrètes, tangibles et mesurables, puisque tout le monde sait que l'enfer est pavé de bonnes intentions. C'est juste. Il n'en reste pas moins que, s'agissant d'afflictions et de détresses, les actions tangibles ne seront pas toujours forcément « matérielles ». L'expérience prouve que les personnes affligées ont surtout besoin de compassion, d'empathie et, en fin de compte, d'écoute. Tenons compte à cet égard d'un de plus beaux mots de notre Seigneur dans l'Évangile selon saint Matthieu qui nous dévoile ses senti­ments profonds et nous invite à chercher un appui en lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai» (Mt 11, 28). Puisse notre attitude accueillante être une invitation permanente, à l'intention de tous, à venir à nous. Dans ce cas, la consolation consistera souvent à écouter l'autre, sans l'interrompre et jusqu'au bout, en compatissant avec lui.

Allons encore plus loin dans notre désir de consoler les affligés. Dans les commentaires précédents, nous avons rappelé que le péché et, plus en général, l'éloignement de Dieu, est le plus grand des malheurs qui puissent nous affliger. D'où l'opportunité d'une des œuvres déjà évoquées: « avertir les pécheurs ». Dans ces conditions, la vraie conso­lation viendra d'une meilleure connaissance de notre foi, concrètement de la personne et de la doctrine du Christ et, par-là même, du sens de la vie. Le Saint-Père l'affirmait noir sur blanc dans l'exhortation apostolique déjà citée : « Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c'est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l'amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. » (La joie de l'Évangile, n° 49). On emploie dans l'Église le mot « apostolat » pour évoquer cette action visant à faire connaître et aimer le Christ. N'oublions donc jamais que tout chrétien est un apôtre et que ses efforts pour apporter aux autres la lumière de la foi est une véritable œuvre de miséricorde, peut-être la meilleure qui soit.

En récitant une des plus belles hymnes mariales, le Salve Regina, nous demandons à Notre-Dame : « Tournez vos yeux miséricordieux vers nous ». Que pourrions-nous ajouter d'autre à cette merveilleuse demande ?

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