Pourquoi Saint Jean Baptiste fut emprisonné...

par Paroisse Bougival  -  #Enseignement

Pourquoi Saint Jean Baptiste fut emprisonné...

Témoin de la communion trinitaire et de sa manifestation sur terre  [Extrait du livre : Jean–Baptiste. Pour le nouveau millénaire, le prophète de lumière, Père Daniel Ange, Ed. Béatitudes]

Garant de la famille ... jusqu'au sang

Mais le comble du comble : il ose reprocher au Roi une injustice, un crime tout particulier : celui-ci a répudié son épouse légitime, pour voler la femme de son frère, qui est en fait ... sa nièce ! Au vu et au su de tous, il vit en état d'adultère et même d'inceste avec Hérodiade, sa propre nièce. Jean refuse d'être complice par son silence.

Pour Jean, qui a un sens si pur des exigences de Dieu, de ses appels à la sainteté, intolérable est cette atteinte aux droits de Dieu (et donc de l'homme) ! Pour Hérode, intolérable, inadmissible est le reproche de Jean. C'est un crime de lèse-majesté passible des tribunaux.

De quel courage inouï Jean a dû faire preuve pour reprocher au dictateur sa conduite coupable ! Quels risques il a pris, sachant bien tout ce qu'il encourait ! Il a sûrement fait en direct, face à face, ce qui suppose une rencontre avec Hérode Antipas avant son arrestation. Baptisant à Aenon, proche du lac de Gennésareth, il avait dû passer à Tibériade, cette cité romaine où résidait souvent Hérode.

L'a-t-il aussi dénoncé en public ? On n'en sait rien, mais puisque la chose était publique en elle-même, tout le monde pouvait au moins pressentir que Jean ne pouvait être d'accord, qu'il ne pouvait cautionner un tel scandale.

Le fait est là : Jean va être persécuté avant tout pour sa fidélité à cette vérité très précise : le caractère sacré du mariage et de la famille, tels que voulus par Dieu, bénis par Dieu, surtout aimés de Dieu. Aimés comme la prunelle de ses yeux, comme le chef-d'œuvre de toute sa Création.

Jean vient d'être le témoin du mystère même de la Trinité. Sans doute pressent-il que la famille est précisément le lieu sur terre où se manifeste la Trinité, où l'on devine que Dieu est relation d'amour entre personnes différentes, et donc complémentaires. Parce qu'il est le premier témoin de la Trinité céleste, il lui faut être le premier martyr de son épiphanie terrestre : la famille.

Sans doute sait-il aussi que le Messie qu'il vient de baptiser, a vécu la plus grande partie de sa vie - et de loin ! - simplement dans une famille. Pendant une trentaine d'années, il n'a rien fait d'autre que de partager la vie d'un village et surtout d'une famille. Cela, afin de sanctifier la famille, de la consacrer, de la diviniser du dedans.

Jean le sait comme nul autre : le Fils désigné par son Père du ciel est le même que Jésus de Nazareth, ce Jésus dont Joseph n'est pas le père selon la chair. Ce Jésus qui devient le lien vivant entre sa famille divine et chaque famille de la terre. Car dans celle de Nazareth, toutes les familles sont déjà contenues, présentes, donc d'avance sanctifiées, consacrées, divinisées par le Fils.

En même temps qu'il est le garant et le témoin de la Famille trinitaire - source et origine de toute famille -, Jean est donc garant et témoin de chaque famille humaine. Comment aurait-il pu sans incohérence être témoin de la Trinité, tout en acceptant de voir bafouer sous ses yeux - comme aux yeux de tout le peuple - cette famille où la Trinité veut se manifester ? Jean a reçu la mission de manifester le Messie, de manifester la Trinité. Et donc de manifester le mystère de la famille.

Témoin des Noces divines et donc des noces humaines

Jean vient de l'attester : « Le Père aime le Fils ». Comment aurait-il pu tolérer  qu'Hérode, lui, ait détesté son épouse reçue des mains de Dieu dans le mystère du mariage ?

Il vient d'être l'ami conduisant l'Époux à l'Épouse, d'être le témoin de la première étreinte du Christ et de son Église. Comment ne serait-il pas bouleversé par une telle atteinte au mystère des noces ? Pour lui, témoin des Noces de l'Agneau, chaque époux doit être comme le Christ, et chaque épouse doit être comme l'Église.

Jean a sûrement entendu parler des noces de Cana, juste huit jours après le baptême du Christ. Il sait donc que Jésus y a consacré, divinisé, le mariage humain. Et voilà le mariage d'Hérode publiquement brisé !

Il avait témoigné « Celui qui a l'Épouse est l'Époux ! » Donc, il lui faut dire à Hérode  : "Tu n'as pas Hérodiade comme épouse !" Et à celle-ci : "Hérode n'est pas ton époux !"

Hérode a doublement porté atteinte à cette communion voulue par Dieu, bénie par lui, aimée de lui. N'a-t-il pas brisé et sa propre famille, et la famille de son frère, brisant ipso facto l'équilibre de leurs deux familles ?

Jean s'insurge contre cette double injustice : avoir répudié la femme envers qui Hérode s'était engagé, et avoir volé celle de son frère. Jean veut sauver la fidélité dans le couple, sauver le caractère divin parce que trinitaire de la famille.

Oui, c'est bel et bien pour cela qu'il est arrêté. C'est son principal chef d'accusation.

Il faut donc le dire et le redire : Jean sera le martyr de la famille : parce que et en tant que témoin de la Trinité. Il y a un lien de cause à effet : il est détesté à cause de la famille, parce qu'il a attesté d'une part le mystère de la Trinité, de l'autre celui des noces du Christ et de son Église.

Son martyre manifeste que les trois mystères sont indissolublement liés. On ne peut séparer ces mystères que Dieu lui-même a unis, et unis en sa propre chair : la Trinité, l'Incarnation, le mariage.

Maintenant, le voilà prêt à verser son sang pour attester cette intime corrélation. Il ira jusqu'au bout. Il restera ferme face à toutes les pressions des siens, comme au chantage d'Hérode. Il ne faiblira pas. Il ne reculera pas. Il ne cédera pas. Il ne faillira pas.

On demande des confesseurs de la vie jusqu'à la vie livrée

Aujourd'hui, comme jamais dans l'histoire, la famille est de partout agressée du dehors, minée du dedans. Une gigantesque conspiration, frisant la conjuration contre elle, est calculée, programmée, orchestrée. Le naufrage général de la famille est le plus grand drame de ce commencement de millénaire.

Tant de familles décomposées, brisées, crucifiées ! Tant de tragédies secrètes ou connues !

Tant d'époux et tant d'épouses bafoués, trahis, largués ! Pour une passion d'un jour : l'amour cesse d'être pour toujours ! Et voilà des maris et des femmes qui, parfois du jour au lendemain, même après plus de vingt ans de mariage, larguent leur premier amour, abandonnent leur conjoint, délaissent leurs enfants ... Indicibles souffrances ! Le Père en a le Cœur bouleversé ...

Tant de situations pathétiques ! Et même s'il n'y a pas (pas encore) séparation et division, que de tensions et d'incompréhensions ! Que de cœurs faits pour aimer, laissés transpercés, lacérés, en lambeaux !

Et ceux qui en pâtissent le plus : les plus innocents, les plus petits : les petits enfants ! Tant d'enfants orphelins de parents vivants (selon les termes de Jean Paul II). Tant d'enfants traumatisés, écartelés, déchirés !

D'un côté, il faut une indicible compassion pour accueillir tant de détresses ! Une tendresse sans nom pour plonger tant de blessures dans le Cœur déchiré de Jésus ! Une douceur divine pour essuyer tant de larmes ! Une infinie miséricorde pour panser et laisser le Seigneur guérir tant de plaies vives ! Tout cela, dans l'Esprit consolateur et le Cœur douloureux de Marie. Pour toutes ces familles ruinées, ce ministère de consolation, de compassion est une des plus grandes urgences de notre temps.

Mais de l'autre côté, il faut aussi des prophètes de feu pour sauver le carac­tère divin de la famille. Des éducateurs forts et rayonnants pour préparer les familles de demain. Des chantres enthousiastes et émerveillés pour célébrer la splendeur du mystère nuptial. Des pasteurs intrépides pour défendre le mariage et la famille contre tout ce qui peut la ravager, la détruire ou même simplement l'abîmer1.

Des prophètes, des éducateurs, des chantres, des pasteurs, c'est urgent mais cela ne suffit plus. Il va falloir aujourd'hui des martyrs de la famille.

Des hommes et des femmes qui, pour cette cause littéralement divine, accepteront d'être incompris, rejetés, marginalisés, ridiculisés. Et cela librement, courageusement, parce que amoureusement.

Des hommes et des femmes, particulièrement des jeunes, qui seront prêts à payer leur témoignage par leur vie donnée, leur sang versé.

Comme jamais se vérifie le mot de Pascal : on ne croit que les témoins prêts à se faire égorger.

Maximilien Kolbe a librement donné sa vie, simplement pour sauver une famille, alors que lui-même avait en charge une immense famille spirituelle. Il a voulu éviter qu'il y ait une veuve et des orphelins de plus. Ce lugubre soir d'août 1943, en une fraction de seconde, il a jugé qu'une famille humaine était un trésor plus grand encore que toute une famille spirituelle de consacrés. Conclusion immédiate : oui, cela vaut la peine de verser tout son sang pour en sauver une seule ²!

Oui, les prêtres et les consacrés dans le célibat d'amour pour Dieu, sont appelés - aujourd'hui comme jamais - à être les serviteurs et les servantes du mystère de la famille.

Un de mes oncles, missionnaire au Cameroun, a été transpercé d'une lance en plein cœur, pour s'être interposé entre une jeune fille et son agresseur. C'était son simple devoir de prêtre de protéger cette fille qui lui était confiée. Il a simplement fait ce qu'il devait faire. Il a été prêtre.

Ceux qui ont donné leur vie pour une telle cause, ils ont marché sur les traces mêmes de Jean le Précurseur. 

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