A propos du Dimanche de « Quasimodo »...

par Paroisse Bougival  -  #Enseignement

« Comme des enfants nouveau-nés ont soif du lait qui les nourrit, soyez avides du lait pur de la Parole, afin qu’il vous fasse grandir pour le salut »

Commentaire spirituel par un moine bénédictin.

Voilà le chant des enfants ! Il est touchant de voir la sainte Église, en ce jour octave de Pâques, se pencher doucement, telle une maman, sur le berceau de son tout-petit et passer du temps avec lui, lui souriant et comprenant ses balbutiements dans ce langage d'amour dont les mères ont le secret. Un esprit rationaliste pourrait s'étonner, s'indigner même de voir la liturgie s'abaisser à ce point alors qu'on est en train de célébrer le triomphe pascal, la victoire du Christ sur le démon, le péché, le mal, la mort. On s'attendrait à de profondes réflexions théologiques sur le mystère du salut, et voici qu'on nous parle de nourrissons et de lait ! Mais l'Église montre ainsi à quel point elle est mère. Elle a compris que toute la sollicitude du Christ, cette sollicitude qui l'a conduit au gibet et à l'ignominie de la croix, était destinée à l'acquisition d'un peuple nouveau et surnaturel, composé d'hommes et de femmes rachetés par la grâce et donc redevenus comme des enfants, selon l'enseignement du Maître : En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l'état des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux. L'Église ne fanfaronne pas en cette fête de Pâques, elle a autre chose à faire : elle est devenue mère, et elle doit se pencher sur ceux qui ont été lavés dans le sang de son Époux. Elle s'adresse donc à eux, sans aucun respect humain, à la face du monde. Les nouveaux baptisés sont les privilégiés de son cœur maternel en ces heures émouvantes. Nous connaissons le bel exorde d'un sermon pascal de st Augustin, dans lequel se manifeste toute le joie du pasteur au sortir de la fête des fêtes : C'est à vous que je m'adresse, enfants nouvellement nés, notre postérité en Jésus-Christ, jeune famille de l’Église, grâce du père, fécondité de la mère, germe sacré, jeune essaim, éclat de notre honneur, fruit de nos travaux, ma joie et ma couronne, ô vous tous qui demeurez fermes dans le Seigneur.

La liturgie emprunte ce chant d'entrée de la messe in albis (jour qui suivait immédiatement la déposition des aubes blanches que les néophytes avaient portées durant toute l'octave) à l'Apôtre st Pierre, le 1er vicaire du Christ, le 1er Chef de l'Église. Le verset scripturaire a été légèrement modifié : tandis que l'Apôtre parlait d'un « lait spirituel et non frelaté », il semble bien que notre introït rapporte le premier de ces deux qualificatifs aux enfants plutôt qu'au lait, car il est transcrit au pluriel (rationábiles là où l'épître porte rationábile). C'est sans doute ainsi qu'est né le thème de l'enfance spirituelle !

Un petit bébé a besoin de lait, il n'est pas encore capable de supporter une nourriture plus solide. Mais d'un autre côté, le lait maternel contient toutes les richesses dont il a besoin pour grandir. Au plan surnaturel, mystique, le lait désigne l'Eucharistie que les néophytes viennent précisément de recevoir pour la première fois. Cet aliment, fruit de la passion et de la résurrection du Christ, a de quoi nourrir les chrétiens jusqu'à l'état d'adultes, jusqu'à la plénitude de la vie chrétienne, jusqu'à la vie éternelle même, qui ne sera qu'un immense banquet eucharistique, sans le voile sacramentel. Et ainsi, nous comprenons que nous sommes tous concernés par ce chant qui s'adresse non seulement aux néophytes, mais à tous les enfants de l'Église. Et ainsi, nous comprenons également le lien très étroit qui existe entre la Pâque chrétienne et l'Eucharistie. L'Eucharistie est le point de rencontre entre le mystère du Christ parvenu à sa plénitude et l'homme qui a faim et soif de salut. Le lait dont nous parle l'introït de ce dimanche nourrit l'Église tout entière et fait d'elle une seule et grande famille (l'étymologie du mot famille vient d'ailleurs du mot latin fames qui signifie la faim : la famille est composée des membres qui mangent à la même table, sous le même toit.) Réjouissons-nous donc de l'heureux choix de ce chant si profond et en même temps si simple !

A propos du Dimanche de « Quasimodo »...

Quasimodo...

Ce mot souvent, surtout connu en raison du « bossu de Notre Dame » vient du fait que Victor Hugo a fait donner par le prêtre ce prénom à l’enfant de 4 ans abandonné par ses parents et trouvé le Dimanche après Pâques.

« Il baptisa son enfant adoptif, et le nomma Quasimodo, soit qu'il voulût marquer par là le jour où il l'avait trouvé, soit qu'il voulût caractériser par ce nom à quel point la pauvre petite créature était incomplète et à peine ébauchée. En effet, Quasimodo, borgne, bossu, cagneux, n'était guère qu'un à peu près. »

En effet, les premiers mots de l’introït grégorien de la messe sont « Quasi modo Géniti infantes »....

Cf. le commentaire de cette antienne d’ouverture de la messe ci-dessus!