L'aubergiste d'Emmaüs

par Paroisse Bougival  -  #Enseignement

L'aubergiste d'Emmaüs

« Si j’avais su » !          Par un moine bénédictin de Ligugé

Il n'en est pas encore revenu. Une histoire de fous. Voyons, ils étaient bien trois tout à l'heure, quand ils sont arrivés ?

C'est une petite auberge tranquille au bord de la route. On loge à pied et à cheval. Assez loin de Jérusalem pour que les voyageurs, harassés par la marche, la poussière et le soleil, s'arrêtent et s'y rafraîchissent avant de reprendre la route vers Emmaüs. Et, si c'est le soir, pour y passer la nuit. C'était le cas de ces trois hommes. Ils arrivaient par la route de Jérusalem. Ils sont entrés, ils ont demandé à souper. Ils se sont attablés. Ils avaient l'air paisible. Ils parlaient peu, à mi-voix, d'un ton sérieux. L'un des trois semblait être un rabbi, mais sans emphase, tout simple. Sa figure n'était pas inconnue à l'aubergiste, il avait dû le voir quelque part. Mais où ? Les rabbis, ça pullule à Jérusalem. Les autres le questionnaient, il répondait quelques mots, puis il y avait de longs silences, où chacun avait l'air de penser à des choses...

A un mot entendu, l'aubergiste avait deviné qu'ils parlaient religion. Rien d'étonnant, puisqu’ils arrivaient de Jérusalem, où l'on venait de fêter la Pâque. Mais ça, ça ne le regardait pas. Lui, l'aubergiste, son métier, c'était de donner aux gens à boire et à manger. On ne gagne rien à se mêler des affaires des autres. Surtout par les temps qui courent, avec ces histoires de séditions, de factions, de complots... Il fallait peu de chose pour que la police romaine vienne fourrer le nez dans vos affaires à vous. Pourvu que le client paie, il ne voulait rien savoir d'autre, le bon aubergiste.

En tout cas, ces trois-là n'avaient pas l'air de révolutionnaires. Des gens bien polis, bien convenables. Il leur avait apporté du pain, du vin, des lentilles, des herbes. Et sa femme, dans la cuisine, leur avait fricoté quelque chose. Puis il était allé se planter sur le pas de sa porte, pour prendre le frais. Après une journée de travail, on a bien le droit de respirer un peu. Sa femme, là-bas dans le fond, devait ranger la vaisselle ; on entendait les plats qui s'entrechoquaient.

Là, il avait repris le fil de ses réflexions. Oui, toutes ces histoires de séditions. Les Romains ne plaisantaient pas là-dessus. C'est comme ce groupe de Galiléens dont on avait tant parlé ces jours-ci, avec le nommé Ieshouah.

Des clients lui avaient tout raconté, les remous dans Jérusalem, les disputes avec les prêtres, - ça n'est jamais bon d'avoir des histoires avec les prêtres, ça finit toujours mal. Là encore ils avaient eu le dessus et le pauvre Ieshouah avait mal fini.

Une fois ou l'autre, il l'avait entendu, mêlé à la foule, quand il allait pour ses affaires à Jérusalem. Il n'avait pourtant pas l'air d'un bandit, oh non ? Et il parlait bien. Voilà ce que c'est que de se mêler de politique. Puis l'aubergiste s'était retourné pour voir si ces clients n'avaient besoin de rien, et c'est là que tout avait commencé.

Les trois hommes n'étaient plus que deux ? Le rabbi avait disparu ? Et les deux autres, debout, qui laissaient leur repas sur la table, et ramassaient leur sac pour partir. Ils avaient l'air tout excités. - Eh bien, messieurs, vous n'achevez pas votre dîner ? Et votre ami, où donc est-il ? Ils ont bredouillé quelque chose d'incompréhensible, quelque chose comme : - C'était lui ? - Bien sûr, c'est lui dont je vous parle. Où donc est-il ? Ils ont laissé quelques pièces sur la table, et ils sont partis comme s'ils avaient le feu aux trousses. Du pas de la porte, il les a rappelés ; - Eh ? Vous vous trompez de chemin ? Par là, vous retournez à Jérusalem. Ils ont crié quelque chose qu'il n'a pas compris, et ils ont filé dans la nuit tombante. L'aubergiste est rentré, tout perplexe. - Des fous ? Mais le troisième, qu'est-ce qu'il est devenu ? Il n'est pas sorti par la porte de devant, puisque l'aubergiste la bouchait tout entière. Il a dû sortir par derrière. Mais, pour cela, il a fallu qu'il passe par la cuisine.

Il est allé trouver sa femme, qui fourgonnait dans ses armoires. - Tu as vu passer cet homme ? - Quel homme ? Encore un qui est parti sans payer ? Non, personne n'est sorti par ici. Je l'aurais bien vu, je n'ai pas la berlue, tout de même ! Allons, c'est incroyable. Un homme ne disparaît pas comme ça ! L'aubergiste a regardé sous les tables, dans le coin où il range ses balais... Personne ! Sale histoire ! Il y aurait de la magie là-dessous que ça ne l'étonnerait pas. Et ça, c'est mauvais. Très mauvais. Si ça parvenait aux oreilles des prêtres de Jérusalem, ils allaient sûrement faire des histoires. Et si les Romains s'en mêlaient... - Garde ta langue, dit-il à sa femme. Pas un mot, à personne, de cette histoire-là. Ça pourrait nous coûter cher.

La nuit était tombée. Ils ont fouillé partout, avec une lanterne : l'étage, l'écurie, l'étable, la remise. Rien. Alors, ils sont allés dormir. Mais lui n'a pas pu dormir. Chose curieuse, ce qui le tenait éveillé ce n'était pas l'histoire de l'homme qui s'était volatilisé, mais l'histoire à laquelle il avait pensé ce soir sur le pas de sa porte : ce Ieshouah, que les grands prêtres avaient fait mourir. Il se rappelait bien maintenant ces quelques fois où il l'avait aperçu à Jérusalem. Vraiment, ce qu'il disait, c'était bien. Il serait bien resté plus longtemps à l'écouter, mais il avait ses courses à faire.

Il le regrettait maintenant, il aurait dû... Trop tard ! Il se rappelait quelques bribes entendues de loin : « … quand le Fils de l'Homme reviendra dans sa gloire… » - Le Fils de l'Homme, c'est lui, lui avait expliqué un voisin dans la foule. Peut-être bien qu'il était le Fils de l'Homme, mais pour son retour dans la gloire, les prêtres y avaient mis bon ordre en le clouant sur une croix. Pauvre Ieshouah, il ne méritait pas cela ! Et l'aubergiste se disait qu'après tout il serait peut-être lui aussi devenu son disciple. Oh ! Pas en le suivant partout sur les routes, comme ces jeunes fous dont on parlait : lui était un homme sérieux, un commerçant. Mais on aurait pu sûrement être son disciple, tout en restant honnêtement chez soi, et en continuant son commerce. - Trop tard, tant pis ! Dommage, tout de même. Il aurait dû y penser plus tôt.

Le lendemain, l'aubergiste renouvela à sa femme la consigne de discrétion : pas un mot à personne sur l'histoire de la veille. Vers la fin de la matinée, des clients entrèrent, venant de Jérusalem. Ils parlaient entre eux d'un air animé. Un mot fit dresser l'oreille à l'aubergiste : « Ieshouah ». Il s'approcha, les fit parler. - Quoi ! Tu ne sais pas les bruits qui courent ? Tout Jérusalem ne parle que de ça ! Ieshouah, tu sais bien, le Galiléen que les prêtres ont fait crucifier avant la Pâque, ses amis prétendent qu'il est vivant ! Pourtant je t'assure qu'il était bien mort sur la croix, j'y étais. Surtout avec le coup de lance qu'ils lui ont mis dans le côté. Et ils ont porté son corps dans un tombeau, pas loin. Eh bien, hier matin, le tombeau était vide. C'est vrai, j'y suis allé voir. Mais ça ne prouve rien. Ce qui est plus grave, c'est que ses amis prétendent qu'ils l'ont vu, lui-même, vivant ! Qu'ils lui ont parlé, l'ont touché, ont mangé avec lui ! C'est de la folie pure, mais ils n'en démordent pas. Et ça devient contagieux, cette histoire : hier soir, deux de ses amis qui avaient quitté la ville y sont revenus dans la nuit, tout affolés. Ils soutiennent que, sur le chemin, ils ont rencontré un homme qu'ils ne connaissaient pas, et puis ils sont entrés tous trois dans une auberge.

Et là, pendant qu'ils soupaient, ils l'ont reconnu : c'était lui ! Et hop ! Tout d'un coup il a disparu. Quelle blague ! Ils sont complètement fous ! Il continua avec un gros rire : - Mais dis donc, à propos, ils disent que c'était sur la route d’Emmaüs. Ils ont dû passer devant chez toi ! Tu ne les aurais pas vus, par hasard ?... Mais qu'est-ce que tu as ? Tu es malade ? L'aubergiste était livide. Il s'appuyait à une table derrière lui pour ne pas tomber, et il murmurait des mots sans suite. Les autres l'entouraient, le pressaient : - Qu'est-ce que tu dis ? - C'était lui ! C'était lui ! balbutiait l'aubergiste. Si j'avais su !

Bon aubergiste de la route d'Emmaüs, patron de tous ceux qui disent : SI J'AVAIS SU ?

Si j'avais su, tel jour de ma jeunesse, quand je sentais mon cœur brûlant en écoutant la Parole, si j'avais su que c'était lui qui me parlait, comme j’aurais laissé tomber les bagatelles qui m'encombraient, pour mieux l'écouter !

Si j'avais su, quand j'avais devant moi toute ma vie ouverte, si j'avais su que c'était lui qui me donnait cette vie unique afin de travailler pour le Royaume des Cieux, si j'avais su, comme j'aurais mieux orienté toutes choses !

Si j'avais su, quand telle épreuve m'accablait, que c'était lui qui mettait devant moi cette épreuve pour me donner l'occasion de lui montrer ma fidélité, si j'avais su, avec combien plus d'amour j'aurais porté la croix qu'il me proposait !

Si j'avais su, tant de fois dans ma vie, et tout à l'heure encore, que c'était lui, cet homme, cette femme, qui avait besoin de moi, de mon temps, de mon attention, de mon amitié... Si j'avais su...

- Si j'avais su que c'était lui ! répétait l'aubergiste de la route d'Emmaüs. Mais une voix secrète lui murmurait au fond du cœur : - Mais il n'est pas trop tard ! Mille fois encore dans ta vie, et dans un instant encore... CE SERA LUI !

Tâche, cette fois, de ne pas le manquer !

« Restez avec moi, Seigneur » St Padre Pio

Restez avec moi, Seigneur, car il est nécessaire de Vous avoir présent pour ne pas Vous oublier. Vous savez avec quelle facilité je Vous abandonne.

Restez avec moi, Seigneur, parce que je suis faible et j'ai besoin de Votre force pour ne pas tomber si souvent.

Restez avec moi, Seigneur, parce que Vous êtes ma vie, et, sans Vous, je suis sans ferveur.

Restez avec moi, Seigneur, parce que Vous êtes ma lumière, et, sans Vous, je suis dans les ténèbres.

Restez avec moi, Seigneur, pour me montrer Votre volonté.

Restez avec moi, Seigneur, pour que j'entende Votre voix et Vous suive.

Restez avec moi, Seigneur, parce que je désire Vous aimer beaucoup et être toujours en Votre compagnie.

Restez avec moi, Seigneur, si Vous voulez que je Vous sois fidèle.

Restez avec moi, Jésus, parce que, si pauvre que soit mon âme, elle désire être pour Vous un lieu de consolation, un nid d'amour.

Restez avec moi, Jésus, parce qu'il se fait tard et que le jour décline... c'est à dire que la vie passe, la mort, le jugement, l'éternité approchent et il est nécessaire de refaire mes forces pour ne pas m'arrêter en chemin et, pour cela, j'ai besoin de Vous. Il se fait tard et la mort approche. Je crains les ténèbres, les tentations, les sécheresses, les croix, les peines, et combien j'ai besoin de Vous, mon Jésus, dans cette nuit de l'exil.

Restez avec moi, Jésus, parce que, dans cette nuit de la vie et des dangers, j'ai besoin de Vous. Faites que je Vous reconnaisse comme vos disciples à la fraction du pain, c'est-à-dire que la communion eucharistique soit la lumière qui dissipe les ténèbres, la force qui me soutienne et l'unique joie de mon cœur.

Restez avec moi, Seigneur, parce qu'à l'heure de la mort, je veux rester uni à Vous, sinon par la communion, du moins par la grâce et l'amour.

Restez avec moi, Jésus, je ne Vous demande pas les consolations divines parce que je ne les mérite pas, mais le don de Votre présence, oh ! Oui, je Vous le demande.

Restez avec moi, Seigneur, C'est Vous seul que je cherche, Votre amour, Votre grâce, Votre volonté, Votre Cœur, Votre Esprit, parce que je Vous aime et ne demande pas d'autre récompense que de Vous aimer davantage. D'un amour ferme, pratique, Vous aimer de tout mon cœur sur la terre, pour continuer à Vous aimer parfaitement pendant toute l'éternité. Ainsi-soit-il