Synode 2021 2023 Voici la lettre de Mgr Crepy qui en explique le sens

par Paroisse Bougival  -  10 Octobre 2021, 20:43

Synode 2021 2023 Voici la lettre de Mgr Crepy qui en explique le sens

« Pour une Église synodale : communion, participation et mission »

Repères pour une contribution du diocèse de Versailles à la démarche pré-synodale

Pourquoi une telle démarche ?

À la demande du pape François, chaque diocèse est invité à prendre part à la préparation du prochain Synode des évêques ayant pour thème : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». Les 9 et 10 octobre prochains à Rome, le pape François ouvrira cette démarche. Pour notre diocèse, nous nous retrouverons le 17 octobre à 16h en la cathédrale Saint-Louis pour lancer cette phase de consultation diocésaine qui s’achèvera par une rencontre au lycée Saint-Jean-Hulst le 12 février après-midi, où sera présenté le travail mené au cours des prochains mois. Les synthèses des diocèses de chaque pays seront envoyées à Rome et serviront à l’élaboration d’un premier instrument de travail – instrumentum laboris – qui sera étudié par les conférences épiscopales. Au terme de ce large processus de réflexion dans toute l’Église universelle, le Synode des évêques se tiendra à Rome en octobre 2023.

Cette démarche, initiée par le Saint Père, se veut cohérente avec le thème même du Synode : comment traiter de la synodalité sans entrer dans un processus qui soit en lui-même synodal ? Ainsi, la participation du Peuple de Dieu à cette réflexion, qui touche profondément à la vie de l’Église, est nécessaire, et rejoint l’attente de bon nombre de fidèles et de prêtres dans de nombreux diocèses. Ainsi, le secrétaire général du Synode écrit-il : « Considérant que les Églises particulières, dans lesquelles et à partir desquelles existe la seule et unique Église catholique, contribuent efficacement au bien de tout le Corps mystique, qui est aussi le corps des Églises (cf. Lumen Gentium 23), le processus synodal intégral n'existera vraiment que si les Églises particulières y sont impliquées.1» Modestement mais sûrement, nos communautés et notre diocèse, en relisant les divers aspects de notre vie ecclésiale, peuvent à la fois prendre mieux conscience de cette dimension constitutive de la vie en Église, et également apporter leur contribution à la réflexion à laquelle le pape nous invite tous. C’est aussi un beau défi de relire notre vie diocésaine au regard de la dynamique synodale

Sans doute, certains y verront un travail supplémentaire à mener, alors que beaucoup d’activités pastorales doivent redémarrer après la période difficile de la crise sanitaire. Ceci est vrai, mais l’effort demandé s’inscrit sur une période très courte : mi-octobre 2021 à mi-février 2022. Un groupe de travail, animé par les responsables de l’École au Service de l’Évangélisation (E.S.E.) et accompagné par Mgr Bruno Valentin, apportera des éléments concrets de méthode et coordonnera la réflexion diocésaine.

Pour introduire cette démarche diocésaine, je me permets de proposer quelques brefs repères sur les enjeux de la synodalité2. A nous tous de saisir cette belle opportunité donnée par ce synode des évêques pour approfondir, et surtout, vivre de manière renouvelée et créatrice, cette dimension constitutive de la vie de l’Église.

Ensemble pour la Mission

Comme l’exprime l’étymologie la plus courante, « synodalité » signifie marcher ensemble sur le même chemin3 . La synodalité manifeste le caractère « pèlerin » de l’Église, du Peuple de Dieu dont les membres cheminent ensemble avec le Christ, parce qu’ils forment un seul Peuple, un seul Corps et ont reçu le même Esprit : « Église et Synode sont synonymes, parce que l’Église n’est autre que le ‘marcher ensemble’ du troupeau de Dieu sur les sentiers de l’histoire à la rencontre du Christ Seigneur.4 » C’est donc ensemble que nous sommes appelés à nous engager dans l’annonce de l’Évangile, à vivre en communion et en fraternité avec les autres baptisés, à prendre part aux différentes dimensions de la vie de l’Église. S’il fallait résumer en quelques mots : « Ensemble pour la Mission ».

Si le terme « synodalité » peut paraître quelque peu abstrait pour certains, celui de « synode » renvoie à une expérience marquante, vécue ces dernières décennies par de nombreux diocèses. Ainsi, le synode diocésain, convoqué par Mgr Éric Aumonier en 2010-2011, constitue aujourd’hui encore un évènement important pour bon nombre de catholiques en Yvelines. Pendant deux ans, 23 000 participants ont réfléchi, débattu et confronté leurs idées afin « de discerner et de décider des actions concrètes pour nous stimuler à mieux vivre notre baptême en Yvelines dans les années à venir5. » Les décisions prises alors continuent de nourrir le dynamisme missionnaire de notre diocèse. 

Ainsi, au cours de mes premiers mois dans les Yvelines, les rencontres avec divers acteurs de la pastorale m’ont permis de découvrir un vivant esprit synodal dans bon nombre de paroisses, de doyennés et de services diocésains. Certes, la synodalité demeure toujours à construire et à renouveler, et il est parfois des situations où cette tâche demeure ardue. Cependant, en bien des lieux, les synergies mises en œuvre contribuent à favoriser une plus grande communion entre les personnes et les communautés : la synodalité ne demeure alors pas un vain mot. Elle est la manifestation de l’Esprit Saint dans le cœur des baptisés.

Très concrètement, cette démarche diocésaine « pré-synodale » nous offre la possibilité de nous interroger : comment, au quotidien, nos communautés et notre diocèse vivent-ils ou non en synodalité ? De quelles manières, avec quelles difficultés, avec quelles fécondités ? Que mettre en place pour une Eglise plus synodale en Yvelines ?

Un combat spirituel ?

La synodalité n’estompe pas la belle pluralité de charismes, de ministères et de responsabilités très diverses qui habitent la vie ecclésiale. Au contraire, sa force et sa richesse se déploient dans l’interaction - la synergie - entre les mutuelles vocations des baptisés, pierres vivantes participant à l’édification du Corps du Christ (1 P 2,5). N’imaginons cependant pas que la synodalité est un chemin facile, car sans cesse apparaissent les questions d’exercice de l’autorité, les abus de pouvoir, les tentations de cléricalisme tant sacerdotal que laïque. Le maintien de prérogatives et d’habitudes inamovibles agitent également le cœur des disciples du Christ Serviteur, oubliant son dernier geste avant sa passion, du lavement des pieds des apôtres.

Mettre en œuvre et vivre une « culture ecclésiale » de synodalité demande une conversion permanente de chacun et de tous pour apprendre à marcher ensemble, sans laisser personne sur la route, ou sans marcher seul en dehors de la route. Ce fut d’ailleurs la première des conclusions du synode diocésain de 2010-2011 : « Acceptons le principe et la pratique d’une conversion permanente. » Belle conclusion qui s’adresse encore à nous aujourd’hui et nous invite à nous interroger sur les conversions à mener ensemble !

Ce chemin de conversion pour une Église plus synodale rejoint l’exigence de témoigner de notre foi au Christ et d’annoncer l’Évangile au monde actuel. Communion et mission sont inséparables afin que notre témoignage de baptisés soit crédible, et manifeste combien la paix et l’unité sont signes de la présence du Christ offerte à tous. Ainsi « une conscience renouvelée de l’identité missionnaire exige aujourd’hui une plus grande capacité à partager, communiquer, se rencontrer, afin de marcher ainsi ensemble sur le chemin du Christ et dans la docilité vis-à-vis de l’Esprit. La pratique synodale propose des objectifs importants en matière d’évangélisation : elle conduit à discerner ensemble les voies à suivre ; elle amène à agir en synergie avec les dons de chacun ; elle contrecarre l’isolement des groupes ou des sujets individuels.6 »

Tous à l’écoute de l’Esprit Saint

Durant les prochains mois, cette – brève – participation à la démarche pré-synodale de l’Église universelle peut donner à chacun de nous un élan spirituel fort, en particulier après ces deux dernières années où la crise sanitaire a fortement ébranlé la vie des communautés. Très simplement, prenons conscience que la dynamique synodale permet d’entrer un peu plus dans trois attitudes essentielles à nos relations aux autres : écoute, dialogue et humilité. 

Ainsi, le pape François écrit : « Une Église synodale est une Église de l’écoute, avec la conscience qu’écouter est plus qu’entendre. C’est une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre. Le peuple fidèle, le Collège épiscopal, l’Évêque de Rome, chacun à l’écoute des autres ; et tous à l’écoute de l’Esprit Saint, « l’Esprit de Vérité » (Jn 14, 17), pour savoir ce qu’il dit aux Églises (Ap 2, 7). » Le dialogue n’est possible que par cette capacité – cette volonté – d’accueillir l’autre pour pouvoir ensemble avancer. Un apprentissage est nécessaire pour que le dialogue soit un réel entretien et permette de tracer quelques pas mutuellement. Enfin – et peut-être est-ce un des fruits d’une authentique démarche synodale ? –, la synodalité ne se construit qu’en cultivant l’humilité, cette attitude auquel le Christ invite si souvent ses disciples et qu’il a lui-même incarné dans l’Évangile, jusqu’au don de soi. 

Pour terminer, rappelons-nous que déjà les premières communautés chrétiennes cherchaient à entrer et vivre dans un esprit de « synodalité », comme Paul l’écrit aux chrétiens d’Éphèse : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous.» (Ep 4, 2-6) Tel est le défi toujours actuel que nous sommes appelés à relever dans notre monde si souvent divisé, livré aux abus de toute-puissance et en quête de fraternité. Puissions-nous vivre cette belle démarche de l’Église comme un signe fort et, éminemment missionnaire. 

Versailles, le 12 septembre 2021

[1] Cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode des évêques, lettre aux évêques du 21 mai 2021.

[2] Ce document ne cherche pas à rendre compte de ma découverte actuelle de la vie du diocèse.

[3] Sun-odos : termes grecs traduits le plus fréquemment par : « ensemble sur le chemin » ou « voyager en compagnie ».

[4] Pape François, Discours pour la Commémoration du 50e anniversaire de l’institution du synode des Evêques, 17/10/2015.

[5] Mgr Eric Aumonier, Conclusions du synode diocésain en Yvelines 2010-2011, p. 2. 6 Conclusions du synode..., idem, p. 8.

[6] Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, Directoire pour la catéchèse, 2020, § 289

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