NOTRE DAME DE L'ASSOMPTION

NOTRE DAME DE L'ASSOMPTION

PAROISSE de BOUGIVAL


A propos de la Samaritaine…

Publié par Paroisse Bougival sur 8 Mars 2026, 16:03pm

Catégories : #Enseignement, #VIE de L'EGLISE

A propos de la Samaritaine…

 Lassitudes… extrait du livre de Mgr Chevrot « Jésus et la Samaritaine ».
                        Fatigué par la marche, Jésus s’assit à même le puits : il était environ midi…
 
Jésus, ayant dû quitter la Judée, retournait en Galilée, par la route, la plus rapide, mais plus difficile, qui traversait les montagnes de la Samarie. Il était environ midi, l’heure de la halte. La petite troupe s’arrêta près de la ville de Sichar, à l’endroit où s’élevait un puits mémorable qui existait déjà autant que Jacob occupait cette terre. 

Jésus et les disciples marchent depuis le matin. Le Maître laisse ses compagnons se rendre à la ville pour acheter des vivres. Pour lui, le voyage l’avait fatigué. Il s’assied à même la source, écrit Saint Jean. Était-ce, ainsi que le représentent les peintres, sur la margelle du puits ? Ou plutôt, dans l’attitude familière au voyageur oriental, directement sur le sol, et le dos appuyé contre le puits ? On a l’impression, en tout cas, que Jésus s’est laissé choir, comme quelqu’un qui n’en peut plus… Sedebat hic…(il s’assit là)

Remercions, mes frères, l’évangéliste de nous avoir révélé la fatigue du Sauveur.

Fatigatus ex itinere (Fatigué par la marche )… ces simples mots le mettent si près de nous ! Il a donc réellement connu nos fatigues humaines, celles que nous éprouvons nous-mêmes quand, après une longue route, nos jambes se raidissent, les joues nous brûlent, et notre gorge se dessèche. 

Sa lassitude doit nous aider à supporter les nôtres. Une invocation des litanies du Saint Nom de Jésus nous autorise à nous réclamer des fatigues du Sauveur : Per labores tuos, libera nos, Domine. (Par tes labeurs, délivre-nous Seigneur)

En lui, en effet, l’humanité fatiguée peut se reconnaître. Adossé au puits, Jésus s’est étendu simplement comme, jeune ouvrier, il le faisait déjà à Nazareth dans les heures de repos, comme le travailleur de tous les temps et de tous les pays qui s’allonge sur la terre avant de se remettre à l’œuvre.

Sans doute, le travail, c’est la couronne au front de l’homme : c’est la joie de produire ou de créer. Un outil ou une plume à la main, c’est toujours l’esprit qui commande, et, par notre labeur, nous nous apparentons à l’esprit de Dieu. Mais le travail, c’est aussi la sueur au front de l’homme, la tension du cerveau ou les reins courbaturés, l’essai insuffisant qu’il faut reprendre et corriger, la douleur de ne pas pouvoir réaliser ce que la pensée avait conçu, et les bras qui retombent impuissants. Comme nous, le Fils de Dieu a senti ce moment amer, où le corps échappe à la maîtrise de la volonté… Fatigatus… sedebat sic.

Ce n’est pas d’ailleurs un cas exceptionnel que l’évangéliste a noté à cause de sa rareté. Dans la barque, qui va être secouée par la mer de Tibériade subitement démontée, Jésus s’était aussi endormi. Comme nous, Jésus a fléchi au soir des journées accablantes. Comme la sienne, notre lassitude à quelque chose de divin, si elle est, non pas l’épuisement d’une vie dissipée, mais la rançon d’une vie dépensée pour les autres, et consumées dans les vrais devoirs. 

Chrétiens, regardons le Christ fatigué, lorsque notre tâche nous oblige aux veilles prolongées des jours de surmenage. 

Chrétiennes, épouses, mères, maîtresses de maison, dont la besogne ne finit jamais, lorsque le matin vous vous levez plus fatiguées que vous ne l’étiez quand vous vous êtes couchées dans la nuit, regardez le Christ fatigué.

Regardez-le aussi, vous pour qui la lassitude est un obstacle au travail : malades, dont les mains inemployées, sont devenus trop blanches ; vieillards, qui comptez tristement les heures trop longues des journées qui n’en finissent pas.

Mais plus à plaindre encore sont ceux qui, à l’heure présente, vont de rue en rue, frapper de porte en porte, à la recherche du travail introuvable. La fatigue vaine, désespérante du chômeur, Jésus, ne l’endure-t-il pas à Sichar ? Repoussé de la Judée orthodoxe, il chemine, inutilement à travers la Samarie hérétique : pas une âme à convertir ! … Fatigué, il attend au bord du puits.

Seigneur, prenez en pitié, non seulement le prêtre de campagne que nul ne dérange, mais le cultivateur, qui ne vend pas son blé, et l’ouvrier qu’on n’embauche pas, et l’ingénieur qu’on remercie, et le commerçant qui va déposer son bilan. Prenez en pitié, tous ces jeunes, qui ne trouvent plus de place dans un monde aux machines, trop perfectionnées - dans un monde désaxé parce que le progrès moral n’y rejoint pas le progrès matériel - et qui, après la course aux diplômes inutiles, se disputent la course aux emplois raréfiés…

Fatigatus ex itinere. Sur le bord du puits de Jacob, déposons aussi, mes frères, les fatigues de nos âmes.

Et d’abord, notre âme elle-même qui nous est si souvent à charge. Oscillant, sans trêve entre des hauts et des bas, nous ne sommes jamais semblables à nous-mêmes d’une heure à l’autre : cela nous épuise.

Et notre volonté, si vite arrêtée dans la lutte contre nos défauts, aussi bien que dans nos progrès vertueux. Les résultats sont tellement disproportionnés à nos désirs ! Nous sommes vraiment le chemineau qui se traîne sur un interminable ruban de route, dans la poussière, sous le soleil. Hora est quasi sexta. : (il était environ midi). Il est midi. Il n’est que midi ! Il faudra encore trimarder jusqu’au soir, fatigatus ex itinere.

Rassurons-nous. Le Seigneur ne considère pas nos fatigues morales du même œil que nous : il y voit autant de victoires. N’essayons pas de nous surfaire et d’ignorer notre faiblesse pour jouer au héros. Nous ressemblerons au Fils de l’Homme, en nous contentant d’être des hommes, capables seulement d’efforts limités, interrompus, intermittents.

Ne nous leurrons pas davantage en nous imaginant que la piété que Dieu nous demande suppose une attention toujours en éveil, une sensibilité toujours alerte, un cœur toujours enthousiaste. Il est normal encore que la piété nous soit parfois monotone et peu attrayante. Nous en souffrons, certes, mais Dieu ne s’en tient pas pour offensé. Il accepte nos prières même somnolentes, et nos hommages, souvent distraits, et la souffrance que nous ressentons de ne pas savoir lui parler comme nous le voudrions. Nous croyons, à tort que faire quelque chose péniblement, c’est le mal faire. Dieu est plus juste que nous, qui, dans notre fatigue, veut bien trouver un mérite de plus.

Existe-t-il mes frères, un remède, sinon, à toutes nos fatigues, du moins à nos lassitudes spirituelles ? Il n’en est pas d’autres que celui que Jésus nous propose par son exemple. Comme lui, apprenons à vivre avec notre fatigue. 

Assurément, la fatigue est une entrave à notre activité ; surtout, elle nuit à la qualité de nos actions. Fatigués, nous faisons moins, et nous faisons moins bien. 

Pouvez-vous certainement éviter votre fatigue ? N’hésitez pas, du moins, à la diminuer. Opérez un triage judicieux parmi les occupations qui vous absorbent. Distinguez entre l’essentiel et l’accessoire : élaguez largement tout ce qui, dans votre vie, ne serait qu’une concession aux caprices, à la vanité, aux conventions d’une mode.

Mais je connais les chrétiens, et je sais bien qu’après cet émondage, disposant d’un peu plus de temps, ils ne se réserveront pas le bénéfice : ils se consacreront davantage à leurs devoirs professionnels, familiaux, sociaux. Leur temps sera pris par des tâches plus sérieuses, il sera quand même entièrement pris. 

Et puis, un autre Maître, que vous peut décider de votre santé, ou de la maladie, de ce que vous aimez, et des évènements qui vous apporteront des obligations nouvelles. Prenons en notre partie : les vrais chrétiens seront toujours des gens qui se fatiguent. 

- Alors, objectera-t-on, ils diminuent leur valeur d’homme, leur puissance de rendement, leur possibilité d’apostolat et même de vie intérieure…

- Nullement. C’est au contraire, parce qu’ils rendent plus que les autres, qu’ils sont plus fatigués. Et la fatigue est une source intarissable de sanctification. 

La fatigue - et je n’entends ici, vous le pensez bien, que celle qui ressemble aux fatigues du Christ et que nous pouvons lui offrir - cette fatigue-là nous jette au cœur même de la religion.

Quel témoignage plus vrai pouvons-nous donner à Dieu de notre amour que d’aller dans l’accomplissement de notre devoir jusqu’à la limite de nos forces ? Quelle donation plus complète, et en même temps plus humble, que de lui offrir, dès le matin, nos fatigues du jour qui continuent celles de la veille, et de lui dire le soir : « Seigneur, je ne sais si j’ai toujours bien agi ; du moins, je n’ai pas perdu de temps ; agréer, au moins ma fatigue » ?

Votre fatigue vous empêche de vous consacrer totalement à l’éducation de vos enfants, ou de vous adonner à des œuvres d’apostolat ? Soyez persuadés, que Dieu se chargera de ce que vous ne pouvez pas faire, que vos enfants moins couvés, développeront plus tôt et plus fortement leurs initiatives et leurs efforts personnels, que, si vous ne pouvez pas secourir vous-même un malade ou un pauvre, Dieu leur enverra quelqu’un qui y réussira mieux que vous. 

Bienheureuse fatigue, qui nous enseigne à ne pas vouloir tout faire par nous-mêmes, à compter d’abord sur Dieu, et à suppléer à nos impuissances par une prière fervente ! 

École d’humilité, la fatigue resserre les liens de la fraternité entre les hommes. Si nous sommes tous, plus ou moins, des fatigués, n’est-ce pas, comme le conseille Saint-Paul, afin que nous portions les fardeaux les uns des autres ? Un jour nous soulagerons autrui. Le lendemain, nous recourrons à son aide. Et, pour cela, nous nous aimerons mutuellement davantage. N’avez-vous pas observé que les personnes infatigables ne savent pas toujours compatir aux peines d’autrui ? 

Bienfaisante encore la fatigue qui nous invite au détachement, puisqu’elle nous prive d’accomplir ce que nous aurions aimé faire - qui multiplie les occasions de pénitence cachée, par quoi nous réparons ce que nos actions passées ont eu de coupable ou d’insuffisant.

Vivons avec notre fatigue. Ce qui ne revient pas à dire qu’il n’en faille pas tenir compte, et que nous soyons toujours obligés de marcher quand même jusqu’à l’épuisement de nos forces. Que d’imprudences se commettent parfois au nom d’un principe en soi généreux ! Que d’orphelins sont victimes du courage mal compris de leur mère ! 

Que de veuves ont à souffrir ensuite du travail excessif qui a tué prématurément leur mari ! 

Vivre avec sa fatigue, c’est l’accepter, mais c’est aussi en tenir compte. Imitons le divin Fils de l’Homme. Fatigués, sachons nous asseoir. Modérons notre activité pour la proportionner aux seules obligations que Dieu nous prescrit certainement, afin de ne pas - par défaut de mesure – tomber dans les accablements physiques ou les ébranlements nerveux, qui paralysent définitivement toute activité, ou seulement dans un état d’irritation ou de mauvaise humeur, qui compromettent notre action et nous rendent insupportables aux autres. 

Vivre avec sa fatigue, c’est, sous cette réserve, accepter vaillamment la vie que Dieu nous fait, les devoirs dont il la remplit, et les faiblesses auxquelles il nous condamne. C'est ne jamais murmurer contre nos impuissances, nous fatiguer à vivre, sans jamais être fatigué de la vie. 

Au reste, et en dépit des apparences contraires, les fatigues que Dieu permet ne sont jamais vaines. 

Tandis que Jésus, assis près du puits, clôt ses paupières alourdies, fatigué de marcher sans avoir pu travailler, une femme s’avance à travers champs, qui vient faire sa provision d’eau. Jésus ouvre les yeux : il lit dans l’âme de la pécheresse. Le Père des cieux a donc béni sa fatigue, il lui envoie du travail, une créature à relever, une âme à sauver. 

C’est seulement de l’autre côté du voile que nous saurons à combien de pécheurs nos fatigues, offertes à Dieu, auront valu le salut, et que nos inactions forcées, comme nos souffrances, auront été plus fécondes pour autrui que nos services effectifs. 

Devant le Sauveur fatigué vers qui s’avance la pécheresse, pensons enfin, mais frères, à toutes les peines que Jésus a enduré pour notre salut.

Il ne nous a pas rachetés seulement en supportant les tortures de sa Passion : son œuvre rédemptrice commence à l’heure même où il s’incarne, elle s’accomplit déjà à travers les faibles vagissements qui étonnent l’étable de Bethléem, elle se poursuit dans l’atelier de Nazareth. Jésus travaille, prêche, se fatigue pour nous avant de mourir pour nous. Il nous a rachetés en acceptant comme nous les misères quotidiennes de notre vie. 

Redisons avec l’Eglise, les mots de l’Évangile qu’elle a transporté dans sa prose funèbre (Séquence du Dies Irae)
Quaerens me sedisti lassus
(À me chercher tu as peiné)

A me chercher, Seigneur, vous vous êtes fatigué, jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout. Je vous ai fatigué par mes promesses si tôt oubliées, par mes fautes réitérées après vos pardons, par mes négligences, sans nom, par mes résistances, à vous suivre, par mes retours d’amour-propre. 

Et cependant, vous mettez tout en œuvre : vos grâces, vos lumières, vos secours, vos récompenses, vos châtiments. Et vous ne vous lassez jamais de m’appeler, de m’attendre, de m’aimer ! 

Tantus labor non sit cassus ! (Qu’un tel labeur ne soit pas vain) 

Seigneur, ne permettez pas qu’à me chercher vous vous soyez fatigué pour rien…


 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article