(Article du Père Jean de Massia publié sur le site Claves)
« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » (1Co 15, 14)
La résurrection est certes un mystère de foi, mais son fait est historique, attesté par des témoins crédibles et considéré comme tel par l’Église . Nous tâchons ici de le montrer. Partons d’un principe : on peut connaître la vérité d’un événement historique en y assistant (comme les apôtres), ou en se penchant sur l’authenticité et la crédibilité des témoignages (méthode historique).
Les Évangiles : témoignages authentiques de la résurrection
Le fait de la résurrection nous est connu par les Évangiles et par saint Paul : ces témoignages sont-ils dignes de confiance ? L’accusation de falsification ou de mythe ne tient pas, comme l’ont montré d’excellents ouvrages , se fondant sur les preuves historiques de l’existence de Jésus, la fiabilité des Évangiles et leur concordance…
– si les Évangiles étaient une invention, ils seraient bien différents, marqués par l’attente d’un messie temporel, correspondant aux attentes et aux coutumes des Juifs de son temps : leur héros ne se serait jamais présenté comme Dieu fait homme, n’aurait certainement pas posé des affirmations aussi scandaleuses que « qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi. » (Jn 6, 56) C’est ce que l’on appelle le critère d’embarras : un fait susceptible de déranger son auteur et ses lecteurs a plus de chances d’être authentique qu’inventé.
– et ainsi si la résurrection était une invention, le récit en aurait été totalement différent : pourquoi placer des femmes comme premiers témoins de l’incroyable miracle ? On n’accordait alors en Israël aucune valeur au témoignage féminin . En revanche, les apôtres apparaissent comme des lâches et des incrédules – portrait peu flatteur que ne se seraient pas attribué les fondateurs de l’Église. Ajoutons que les témoins de la résurrection sont morts martyrs pour avoir attesté de cette vérité : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger » disait Pascal ; va-t-on jusqu’à la mort pour un mensonge ?
– si les Évangiles avaient été inventés, ils ne prendraient pas le risque d’échouer à nous convaincre en présentant des fondateurs aussi peu glorieux pour la religion chrétienne : les apôtres sont tout sauf des héros vaillants, vertueux et dignes de confiance. Là encore, le critère d’embarras joue à plein.
C’est ainsi que l’ensemble des auteurs, même athées et rationalistes, a aujourd’hui abandonné l’idée d’une fraude des apôtres, d’un mensonge des évangélistes.
Saint Paul ajoute son grain de sel
Parmi ces témoignages, il faut également insister sur celui de saint Paul : juif zélé, élève de Gamaliel, ennemi et persécuteur du christianisme, sa conversion brutale est l’indice de sa sincérité. Fréquentant les milieux les plus opposés à l’Église primitive, il ne se serait jamais converti s’il avait eu le moindre doute sur la véracité de la résurrection. Or il affirme au contraire sa foi avec force, dans un texte qui est le plus ancien que nous possédions , écrit une vingtaine d’année après la vie du Christ, alors que nombre de témoins oculaires en sont encore vivants.
Ajoutons que le lieu de la sépulture de Jésus, indiqué avec précision, n’aurait pu être inventé alors que de nombreux témoins demeuraient encore : saint Paul, ancien pharisien, avait dû fréquenter des proches de Joseph d’Arimathie. Quoi qu’il en soit, le fait même de l’inhumation du Christ dans le tombeau d’un membre du Sanhédrin – le conseil qui l’avait condamné à mort – semble trop gros pour être inventé.
Saint Paul énumère 6 apparitions du ressuscité, qu’il regroupe en 3 groupes : d’abord à Pierre et aux Douze ; puis à 500 frères, à Jacques et à tous les apôtres ; enfin à lui-même. Comment remettre en cause la sincérité de cet ancien ennemi du christianisme, qui inverse son discours du tout au tout, jusqu’à affronter mille morts (2Co 11, 19-12, 9) pour pouvoir continuer à l’enseigner. S’il se prévaut du rang d’apôtre, malgré son indignité d’avorton, c’est qu’il a la conviction d’avoir vu le Christ aussi réellement que les Douze. Aurait-il été victime, comme les nombreux autres témoins, d’une hallucination ?
Notons d’abord que les apôtres et saint Paul parlent d’une résurrection bien réelle, et non d’une apparition ponctuelle [sans quoi l’argumentation de saint Paul, qui établit un parallèle entre la résurrection de Jésus et la résurrection des corps à la fin du monde, est bancale], c’est pourquoi les Évangiles insistent lourdement sur l’aspect physique du corps ressuscité du Christ . L’incrédulité de Thomas (encore le critère d’embarras), ne les montre pas enclins, désemparés qu’ils étaient, à prendre leurs rêves les plus fous pour la réalité. Quant à l’hallucination collective, trois arguments la rendent impossible. D’abord le nombre de témoins : « cinq cent frères ». Ensuite car il faudrait qu’il y ait eu au moins dans leur subconscient un très fort désir de la résurrection ; or les Évangiles attestent qu’ils n’envisageaient pas que le Messie soit mis à mort, encore moins qu’il ressuscite (témoin le dialogue avec les pèlerins d’Emmaüs). Ils sont au matin de Pâques dans un sentiment d’échec. À l’instar de Thomas, les apôtres durent voir pour croire, l’inverse était donc inenvisageable. Enfin, l’hallucination n’explique pas le tombeau vide : si les apôtres sont sincères (quoique trompés par leur désir), ils ne peuvent avoir subtilisé le corps !
Jésus est-il vraiment mort ?
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En fait, l’objection la plus simple à la résurrection serait de nier… sa mort. Certains rationalistes s’y sont essayés naïvement. L’Islam aborde aussi ce thème. Nul auteur sérieux ne remet plus aujourd’hui en cause l’existence du Christ ni sa mort en croix.
Le témoignage des Évangiles
Le total des apparitions relatées par les évangélistes s’élève à 9 :
• Le jour de Pâques à Marie-Madeleine ; Mc 16, 9 ; Jn 20, 14-15
• Aux femmes qui revenaient du sépulcre ; Mt 28, 9
• À Simon Pierre ; Lc 24, 34
• Aux pèlerins d’Emmaüs ; Mc 16, 12 ; Lc 24, 13 et suiv.
• Aux apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas absent ; Mc 16, 14 ; Lc 24, 36 et suiv. ; Jn 20, 19-25
• Huit jours plus tard, aux apôtres réunis dans le Cénacle, Thomas présent ; Jn 20, 26-29
• En Galilée, à sept disciples sur le lac de Tibériade ; Jn 21, 1, 14
• Aux onze apôtres sur une montagne de Galilée ; Mt 28, 16, 17
• Enfin, dernière apparition avant l’Ascension, sur le Mont des Oliviers, devant tous les apôtres assemblés. Lc 24, 50
On a déjà insisté sur la sincérité des apôtres et l’impossibilité d’une hallucination collective. Ajoutons que ces récits ne sont pas écrits dans un style fantastique, tranchant avec les mythes répandus à l’époque, ou les apocryphes qui circuleront par la suite. Les apôtres n’inventent pas et se contentent de dire ce qu’ils ont vu : on ne raconte pas la résurrection, mais seulement sa constatation. Ils semblent vivre un choc profond, passant soudainement d’une crainte profonde à un grand enthousiasme, allant jusqu’à la mort pour en défendre le témoignage. Même les auteurs les plus rationalistes reconnaissent que ce changement dût être lié à des apparitions du Christ ressuscité. »
Certains résistent et insistent cependant sur les divergences des récits évangéliques : nombre de femmes se rendant aux tombeaux, des anges qu’elles rencontrent, ordre des apparitions… Or loin d’infirmer l’authenticité des récits, on peut au contraire affirmer que ces divergences en prouvent la sincérité. En effet, lorsqu’on demande à plusieurs témoins de décrire une même scène plusieurs années après, un récit trop concordant est suspect car témoigne d’une concertation. Il est au contraire bien normal et sain que les versions de l’événement divergent sur les détails (de point de vue, d’appréciation, de sensibilité) tout en se retrouvant sur l’essentiel. Les évangélistes et leurs disciples n’ont pas cherché à harmoniser leurs récits : leur but n’était pas de convaincre ou d’inventer, mais de rapporter fidèlement ce qu’ils ont vu.
Chacun a rapporté ainsi l’événement de la résurrection selon son propre angle de vue. Saint Matthieu, écrivant pour des Juifs, insiste sur le tombeau vide et l’invraisemblance de l’opinion qui accusait les disciples d’avoir volé le corps du Christ. Saint Marc, auprès de Pierre à Rome, relate l’enquête de Pilate auprès du centurion, puis appuie sur le manque de foi des disciples. Saint Luc, dans un milieu grec misogyne et qui n’admettait pas la résurrection des morts, ne rapporte que les témoignages masculins, et ajoute des détails concrets qui prouvent que le corps ressuscité du Christ n’était pas un fantôme (palpable, qui pouvait manger et boire).
Le mystère du tombeau vide
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Au matin de Pâques, le tombeau est vide. (Mc 16, 4 ; Jn 20, 7 ; Lc 24, 3 ; Mt 28, 11-13). Les Juifs corrompent les gardes effrayés par une forte somme, lançant la rumeur d’un enlèvement du corps durant leur sommeil. (Mt 28, 11-13)
On l’a dit, les apôtres étaient à mille lieux, au lendemain de la mort du Christ, d’orchestrer pareille supercherie. À l’instar des pèlerins d’Emmaüs, ils étaient abattus, déçus, consternés par l’échec de ce Messie (apparemment faux) en lequel ils avaient placé leurs espérances, et dont ils étaient finalement les premières victimes, les dindons de la farce.
En outre leur sincérité ne pourra être mise en doute lorsqu’ils annonceront la résurrection, envers et contre tout, au péril de leur propre vie.
On a découvert en 1930 sur une dalle de marbre de Nazareth une inscription datant d’Auguste et interdisant sous peine de mort de déplacer un cadavre. Comment dès lors imaginer que les Juifs auraient laissé passer une telle chance de faire condamner les disciples du Christ, si le fait avait eu le moindre fondement.
Le corps aurait-il pu être enlevé par les ennemis de Jésus, ou encore par des pillards ? Des opposants éventuels auraient eu beau jeu de contester ensuite la résurrection. Quant à des bandits, encourant la mort s’ils étaient pris, ils avaient mieux à faire que de s’attaquer à un tombeau gardé et qui ne contenait que le corps d’un supplicié. Le tombeau vide n’est pas une preuve absolue, il est un argument « en creux, » négatif ou indirect, qui vient étayer ceux développés ci-dessus.
Que penser lorsque les médias font état de la découverte d’un tombeau - non vide celui-ci - qui pourrait être celui du Christ ? Ce fut le cas en 1980 à Talpiot, près de Jérusalem, où fut découvert le tombeau de « Jésus fils de Joseph ; Marie ; Matthieu ; Judas fils de Jésus ; Josah ; Maramenou e Mara ». Reprise avec fracas en 2007, cette découverte conduisit certains vulgarisateurs à affirmer urbi et orbi que l’on aurait découvert la tombe familiale de Jésus et de… son épouse Marie-Madeleine. Malgré le battage médiatique, aucun archéologue sérieux ne prêta attention à la « prétendue » : comment le caveau familial de Joseph, de Nazareth, aurait-il pu se trouver à Jérusalem ? Les noms mentionnés sur la tombe étaient extrêmement courants à l’époque, mais Maramenou e Mara ne correspond cependant pas à Marie-Madeleine.
Pour conclure
En résumé, appliquant la méthode historique, nous avons cherché à reconstituer les faits historiques avérés, pour en donner la meilleure explication disponible, la plus plausible, la plus simple, et celle qui concorde avec les autres faits.
Parmi les faits historiquement certains : 1) Jésus est mort et a été enseveli ; 2) De nombreux témoins affirment qu’il est ressuscité ; 3) Ses disciples sont passés de l’abattement total à l’enthousiasme missionnaire, jusqu’au martyre ; 4) Certains opposants endurcis se sont convertis.
Nous avons éliminé les hypothèses naturalistes qui n’étaient pas satisfaisantes : fraude, enlèvement du corps, mort seulement en apparence, hallucination…Une seule hypothèse demeure, qui fournit donc notre explication : Il est vraiment ressuscité. Cette thèse seule explique les faits de manière satisfaisante, simple, par elle-même, tout en venant éclairer d’autres faits (le culte divin voué à Jésus dès les débuts du christianisme, le témoignage de la foi jusqu’au martyre). Quant à sa plausibilité, elle implique seulement d’accepter la possibilité du miracle, et donc du surnaturel.
Que faire, une fois parvenu à cette certitude rationnelle ? Cette vérité n’est pas encore la foi : la résurrection est le signe suprême de la véracité de la révélation en Jésus, mais nous demeurons libres, comme ses contemporains devant ses nombreux miracles, car la foi théologale n’est pas la conclusion d’un raisonnement intellectuel mais une illumination de l’intelligence par la Vérité se révélant en nous. Les signes préparent et aident la foi mais ne la créent par, elle nous fait passer à un autre ordre. « Thomas (l’apôtre) a vu quelque chose (le miracle), et il a cru en une autre chose (le mystère) » .
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