NOTRE DAME DE L'ASSOMPTION

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PAROISSE de BOUGIVAL


Bougival en 1870 - Invasion allemande

Publié par Paroisse Bougival sur 20 Septembre 2026, 14:49pm

Catégories : #VIE de la PAROISSE

Bougival en 1870 - Invasion allemande

Récit de Monsieur l’Abbé Victor Daubigny, (curé de 1868 à 1872)
Archives paroissiales

Le lundi 19 septembre 1870, la commune fut envahie par un détachement d’Infanterie prussienne qui campa du côté de la Jonchère. D’autres détachements suivirent quelques jours après et alors les soldats occupèrent les maisons, distribuèrent leurs hommes à leur volonté sans écouter jamais les observations de l’autorité municipale qui seule pouvait les répartir et équitablement. Les portes des habitations désertes furent enfoncées et bientôt tout y fut dévasté et mis au pillage. Les prussiens attribuaient ce désastre à leur abandon, mais celles qui étaient occupées ne furent pas mieux traitées. Grandes et petites, riches et pauvres presqu’aucune ne fut épargnée. Sans pitié l’habitant était écrasé et rançonné. La misère la plus extrême ne les protégeait pas. Des mères et des petits enfants furent expulsés de leur lit. Une femme infirme âgée de 72 ans maltraitée de la façon la plus révoltante alla mourir à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye. Le soldat poursuivait jusque dans les carrières d’infortunées familles qui chassées de leur domicile y avaient cherché un dernier asile. Les meubles, même les plus précieux, les portes, les parquets, les boiseries tout étaient brisés pour le chauffage, ou portés aux barricades élevées par les Prussiens, en cas d’attaques, et cependant ils avaient à leurs dispositions un chantier considérable de bois, mais il se plaisait à détruire avant d’y toucher.  La population cependant les avait accueillis et logés sans résistance.

Le 27 septembre 1870, François DEBERGUE jardinier, accusé et convaincu d’avoir coupé cinq fois le fil

Monument F. DEBERGUE

télégraphique établi par l’ennemi fut condamné à mort et fusillé après avoir entendu lire, a été contraint de signer lui-même son arrêt. Comme l’officier, président du tribunal, l’invitait à demander sa grâce, il refuse énergiquement, disant qu’il était prêt à recommencer pour son pays. Cet homme veuf, victime de son patriotisme, laissait trois orphelins.

Monsieur le curé prévenu quelques minutes avant l’exécution eut la consolation de l’assister. Il mourut dans les dispositions les plus chrétiennes et le lendemain, après que les Prussiens eurent remis le corps, presque toute la population lui rendit les derniers devoirs. Deux habitants, accusés d’avoir insulté les Prussiens furent bâtonnés cruellement.

Pendant le combat du vendredi 21 octobre 1870, où les nôtres vinrent jusqu’à la Jonchère, deux coups de feu, dit-on, furent tirés de la maison, Pointelet (fabrique de chaises où s’étaient réfugiés plusieurs familles)

sur les hommes de garde laissé par les Prussiens, et un d’entre eux fut blessé, ce qui n’est pas certain. Dès le lendemain, on arrêta 17 habitants. Enchaînés et laissé presque sans nourriture dans la prison, ils ne furent relâchés que le lundi après avoir assisté à l’exécution de deux de leurs camarades, Jean, Nicolas MARTIN, contremaître de la fabrique Pointelet et Jules CARDON, ouvrier de la même maison, reconnus soi-disant coupables. On ne découvrit jamais les véritables auteurs de cet acte qui eut des suites si déplorables pour le pays. Toutefois, sans ce prétexte les Prussiens probablement en seraient venus aux dernières extrémités dans un pays où ils avaient besoin d’agir en maîtres sans témoin à cause de sa situation.

En vain, ces deux dernières victimes réclamèrent-elles à leur dernière heure, les secours de la religion.

Les Prussiens qui n’ignoraient pas leur condamnation, avaient forcé Monsieur le Curé, la veille, à quitter le pays. La veuve CARDON fit courageusement toutes les démarches pour obtenir du Général, l’autorisation d’ensevelir et d’inhumer dans le cimetière son mari et son infortuné compagnon. Déjà il n’était plus permis de revenir à Bougival. 

Le dimanche 23 à 6 heures du soir, il avait été condamné subitement à être complètement évacué par l’ordre suivant, du général de la 10e division, affiché et proclamé : 
« Tous les habitants de Bougival sont arrêtés à quitter ce village. Les habitants virils suivront cet ordre

L'ancienne église à cette époque

aussitôt aujourd’hui. Les féminines et les enfants à demain midi. Toutes les personnes qui n’obéiront pas à cet ordre seront punis à mesure du droit militaire » (Sic) …  Il fallut obéir.

Monsieur le curé, le premier prévenu fut contraint le premier, à partir. En vain il demanda à rester pour garder l’église et soigner les malades avec les sœurs et réclama en vain un sursis jusqu’au lendemain pour son ministère, on lui refusa poliment, cette grâce.  Il l’espérait en retour de sa conduite pour les officiers qu’il avait logés et nourris, ainsi que pour Monsieur le Vicaire qui l’avait imité.

Pendant trois semaines, un officier malade avait été au presbytère l’objet de leurs soins les plus attentifs. Tous deux quittèrent donc Bougival, avec une trentaine de paroissiens, protégés par une patrouille qui les conduisait à Louveciennes.

Monsieur le Curé n’avait obtenu en partant qu’un ordre du général affiché sur la porte pour sauvegarder l’église, qui fut respecté, et ne souffrit que 500 Fr. de pertes ou de dégâts. S’il ne fut pas maltraité comme plusieurs confrères, il fut chassé de son domicile, tout à coup ne pouvant rien emporter et recevant seulement après quelques jours la permission d’enlever ce qui n’était pas utile à l’ennemi qui habita le presbytère jusqu’à l’armistice.

Quand il y revint le 30 janvier, il le trouva sali et dévasté comme les autres maisons, quoi que les Prussiens se plussent à répéter qu’il l’avait épargné et respecté. Presque tous les meubles étaient hors service ou avaient disparu. Une cachette renfermant les objets les plus précieux de l’église et tous les effets de Monsieur le Curé avaient été trouvée et pillée à l’exception des objets sacrés reportés à l’Évêché à peu près intégralement sans mention d’où ils provenaient. Monsieur le Curé et son vicaire se fixèrent à Saint-Germain pendant cet exil forcé. 

Là, à Versailles et dans les environs, ils retrouvaient une partie de leurs paroissiens qu’ils encourageaient et aidaient selon leur pouvoir. 

Les deux maisons des sœurs protégées également par un ordre prussien n’échappèrent pas davantage aux visites des maraudeurs.

A la suite de l’évènement du 21 octobre, Bougival fut en outre frappée d’une contribution extraordinaire de guerre de 50 000 Fr.
Mais tout étant épuisé, on ne fournit que 5000 Fr., et le reste ne fut jamais payé. Le docteur DUBORGIA, président de la commission administrative constituée pour remplacer le Maire, l’adjoint et une partie du conseil municipal absents, fut, comme autorité responsable, déporté à Coblentz en Prusse et enfermé dans la forteresse voisine. 

Ce fut la récompense de son dévouement à ses concitoyens en ces jours difficiles et de sa patience à supporter les avaries et les exigences de l'ennemi.

Monsieur ANTHEAUME comme directeur gérant de la fabrique Pointelet subit le même sort.

Quelques temps ils n’eurent pas d’autre condition que celle des malfaiteurs.

Ils obtinrent cependant de résider dans une campagne à proximité de la ville ; prisonniers, sur parole, et ne recouvrant leur liberté qu’à la fin de février 1871. 

L’évacuation complète de Bougival acheva de le ruiner. Jusqu’à la fin de janvier où il fut alors seulement permis d’y rentrer il resta livré à la merci des Prussiens.

A partir des premiers jours d’octobre, le fort du Mont-Valérien tira chaque jour sur Bougival pour en déloger

les Prussiens, surtout pendant le combat du 21 octobre, mais sans grand succès contre eux et ne parvenant qu’à leur faire abandonner la Chaussée et le bas du pays et à endommager gravement sept ou huit maisons.

Les prussiens établirent leur télégraphe dans la maison d’école à la place du télégraphe français. L’instituteur requis le jour, et la nuit et forcé à tous les sacrifices ne fut pas mieux traité lors de l’évacuation, son mobilier, ses livres et son matériel de classe furent dévastés. Voici le résumé des désastres causés à Bougival par l’invasion prussienne : toutes les maisons pillées, les deux tiers radicalement, un tiers complètement démantelé à l’intérieur, trois démolies pour faire des barricades, la Chaussée du quai, toute dépavée, les chemins bouleversés, presque toutes les cachettes faites avant l’arrivée de l’ennemi, et dont plusieurs renfermaient des valeurs importantes, découvertes et les objets emportés. Les prussiens avaient un flair merveilleux pour les trouver. En somme pour les particuliers, une perte estimée à 5 000 000 de francs environ.  La réduction de moitié opérée par la commission cantonale chargée de régler l’indemnité, fut plutôt inspirée par l’insuffisance des fonds qu’on espérait obtenir que par la réclamation d’une somme trop élevée (…)

Tout le temps avant et après l’armistice que Monsieur le curé, passa avec les Prussiens jamais, ils ne firent dans l’église aucun office ni catholique ni protestant. Il ne vit même jamais l’aumônier de la division résident à Beauregard. Quelques soldats seuls venaient à l’église le dimanche. Elle était peu fréquentée par les fidèles qui préoccupés de l’avenir et sous l’impression de la terreur, oubliaient de se rapprocher de Dieu dans ces jours d’épreuves. 

Les offices continuèrent à se faire régulièrement mais tristement, faute de personnel et d’assistance. La position dangereuse de Bougival, exposée au feu du Mont Valérien et les nombreux et lugubres convois d’émigrés qui fuyaient les campagnes de la Brie à l’approche des Prussiens, emportant tout leur avoir et se dirigeant pour ainsi dire où Dieu les conduisait et la proximité de la capitale se préparant à soutenir un siège gigantesque, tout avait frappé de terreur les habitants. Le plus grand nombre abandonna le pays qui n’en garda qu’environ 600 sur une population de 2300 en hiver et de 3500 en été.

Ceux qui restèrent étaient les moins aisés.

Monsieur GAUCHERON, Maire établit une sorte de mairie dans son domicile à Paris où il était rentré avec une partie de ses administrés. Là, il s’efforçait de leur rendre service facilitant les enrôlements dans la Garde Nationale, aidant de ses conseils et de ses démarches, obtenant l’entrée des écoles pour les enfants, secourant les plus nécessiteux et sollicitant des permis de sortie et de rentrée après l’armistice.

Avant l’invasion, plusieurs riches habitants de la commune sur l’invitation de l’autorité supérieure avaient songé aux besoins des blessés qu’on aurait à soigner. Monsieur SEYDON député du Nord avait établi dans sa maison, une ambulance de 20 lits. Elle reste au service des soldats français jusqu’en septembre 1871.

La société l’Internationale pour les blessés put renfermer des cœurs généreux et dévoués. Elle recueillit d'abondantes offrandes, mais des agents subalternes ne répondent pas toujours à sa confiance. Les fonds sont gaspillés et les ambulances qu’ils dirigent ne sont pas exemptes d’abus ou de désordres. Il faut rendre hommage aux intentions charitables de cette société, mais elle aura à se réformer dans la guerre prochaine. 

Monsieur CARENAC, lieutenant-colonel de la Garde Nationale à cheval de Paris, avait aussi organisé dans ses deux maisons 24 lits et préparé d’abondantes provisions.

L'ancienne maison des Soeurs du Bon-Secours - Rue Gal Leclerc

Monsieur MOURSAULT fabricant d’étoffes pour meubles avait disposé chez lui 10 lits.

Dans une grande maison nouvellement construite en face de l’église, la commune et la société l’Internationale à l’aide des dons et des prêts des habitants en avait réunis 30. Les cinq sœurs de la Congrégation de Saint-Joseph de Belley (Ain) formant le personnel de l’école Communale et les quatre sœurs du Bon-Secours de Troyes de la maison de Bougival, n’offrirent que peu de temps leurs soins aux malades et aux blessés français parce que ces derniers bouleversèrent et supprimèrent presque aussitôt ces ambulances.

Récompensant à leur manière ceux qui avaient fait les frais et si libéralement, ils mirent à sac leurs maisons.

Le pays étant évacué, les sœurs chassées comme les autres habitants se retirèrent à Saint-Germain-en-Laye jusqu’à l’armistice. Elles furent aussitôt requises pour soigner les malades et les blessés qui affluaient. Elles s’y consacrèrent avec zèle (les sœurs de Saint-Joseph seulement)

Dès les premiers jours de l’invasion tout travail cessa. De là bien des désordres et des entretiens nuisibles où l’on colportait de fausses nouvelles. Tantôt heureuses et tantôt malheureuses elles n’étaient propres qu’à entretenir de chimériques espérances ou à jeter dans le découragement et le désespoir.  Le plus souvent on racontait des victoires qu’on n’avait pas remportées ou c’était l’approche d’armée de secours qui n’arrivaient jamais.

La misère ne tarda pas à sévir et le bureau de bienfaisance s’efforça de la soulager.

Les premiers qui revinrent après l’armistice étaient les plus malheureux. Longtemps les besoins furent grands. Monsieur le curé, à l’aide des modestes ressources du Bureau de Bienfaisance, de quelques fonds remis par Monsieur le Maire et des dons de plusieurs comités français et anglais, distribua des secours et les malheureux attendirent plus facilement la reprise des travaux. 

Arrivée le 19 septembre 1870, les prussiens séjournèrent à Bougival environ trois semaines encore après l’armistice. Puis il y eut 2 passages de troupes et le 19 mars l’ennemi évacua définitivement la Rive Gauche.

Environ 3000 hommes et 500 chevaux furent logés à Bougival et à Saint-Michel, annexe de la commune.

Dans ce petit hameau, les Prussiens trouvaient une position sûre et avantageuse pour observer et se défendre. Les murs du cimetière et bien d’autres percés de meurtrières, des obstacles établis partout et des préparatifs de tout genre annonçaient que les Prussiens croyaient dans ces parages à une attaque sérieuse de la part des Français, mais notre armée ne put jamais approcher jusqu’au cœur de Bougival.

Les troupes d’occupation appartenaient à la 10e division du 5ème corps d’armée, commandé par le général SCHMIDT, établi à la Celle-Saint-Cloud dans le château de Beauregard, propriété de la duchesse de BAUFFREMONT.

Elles se composèrent des portions des 6 e, 37e 46, et 50 e régiments d’infanterie, de quelques Hulants de passage (cavaliers), de 31 employés du télégraphe, de 60 Dragons, de trois batteries d’artillerie placé à Saint-Michel, d’une à l’hôtel de Madrid, sur le quai, et de 3 batteries sur les hauteurs de La Jonchère et d’une compagnie de Hussards de la Garde envoyée après l’armistice pour exiger le paiement de la contribution de guerre.

Le 18 mars 1871, un gouvernement international s’était établi à Paris sous le nom de Commune. 

Le gouvernement légal et ses troupes s’étaient réfugiés à Versailles et la capitale, déjà si éprouvée resta au pouvoir des soldats de l’émeute. Aux angoisses en quelque sorte d’un second siège, allaient se joindre pour elle des malheurs, des désastres et des excès de tout genre.

Le lundi 3 avril, trois corps de troupes sortirent de différents points se dirigeant sur Versailles. Celui qui

venait par Courbevoie sous les ordres de FLOURENS pensait que le Mont-Valérien lui ouvrirait ses portes, et au besoin le soutiendrait.  On croyait faussement que la Commune était maîtresse de ce Fort. Quelques volées de canon eurent bientôt coupé et dispersé partout les gardes nationaux.

Il en vint à Bougival environ 200. Dans l’ignorance des évènements on n’osa pas leur résister. Ils plantèrent le drapeau rouge sur le clocher de l’église mais respectèrent le lieu saint.

Bientôt arrivèrent les troupes de Versailles qui enlevèrent le signe de la révolution et eurent raison de ces bandits. Leur général FLOURENS réfugié dans un cabaret à Chatou menaça de son revolver un officier de gendarmerie qui lui fendit la tête d’un coup de sabre. .Les troupes victorieuses traversèrent le soir Bougival en retournant à Versailles.

Sous la Commune, Bougival était très fréquentée. Elle était devenue le passage de ceux qui, se rendant de Paris à Versailles pour leurs affaires, ne pouvaient sortir que par Saint-Denis.
 

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