NOTRE DAME DE L'ASSOMPTION

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PAROISSE de BOUGIVAL


 « LE POUVOIR ATTRAYANT DE LA BEAUTE LITURGIQUE »

Publié par Paroisse Bougival sur 18 Janvier 2026, 20:33pm

Catégories : #VIE de L'EGLISE

 « LE POUVOIR ATTRAYANT DE LA BEAUTE LITURGIQUE »

Extrait de « 4 bienfaits de la liturgie » par Dom Calvet, 1er Abbé bénédictin du Barroux. Article publié sur le site de la Congrégation pour le Clergé (Vatican)

La beauté des rites sacrés anoblit les âmes, elle les élève en exerçant sur elles une suave attirance du Ciel. La vraie tradition n'est pas triste. Nos messes abbatiales du dimanche le disent bien. Durée : deux heures ; personne, ni enfant, ni adolescent, ne manifeste de signe d'impatience. Pourquoi ? Mac Nabb, historien des religions, donne la réponse ; il remarque qu'on entre dans l'Église par deux portes : la porte de l'intelligence et la porte de la beauté. La porte étroite, dit-il, est celle de l'intelligence ; elle s'ouvre aux intellectuels et aux savants. La plus large est celle de la beauté. Henri Charlier disait dans le même sens : "Il faut perdre l'illusion que la vérité puisse se communiquer avec fruit sans l'éclat qui lui est connaturel et qu'on appelle le beau." (L'Art et la Pensée)

L'Église dans son Mystère impénétrable d'épouse du Christ, Kyrios de Gloire, avait besoin d'une épiphanie terrestre accessible à tous : ce sera la majesté de ses temples, l'éclat de sa liturgie et la douceur de ses chants. J'observais l'an dernier un groupe de jeunes officiers de marine japonais visitant la cathédrale de Paris. Leurs regards s'attardent sur la hauteur des voûtes, la splendeur des verrières, l'harmonie des proportions. Supposez qu'à cet instant, des officiants, revêtus de chapes de velours et d'orfrois, entrent en procession pour des Vêpres solennelles. Les visiteurs regardent en silence ; ils sont saisis : la beauté leur a ouvert ses portes. Or la Somme de saint Thomas d'Aquin et Notre-Dame de Paris sont deux architectures contemporaines. Elles disent la même chose. Mais qui parmi les visiteurs a lu la Somme de saint Thomas ? Le même phénomène se retrouve à tous les niveaux. Les touristes qui visitent l'Acropole d'Athènes reçoivent le choc d'une civilisation de la beauté. Mais, parmi eux, combien comprennent Aristote ?

Ainsi de la beauté liturgique. Plus que tout autre, elle mérite d'être appelée la splendeur du vrai. Elle ouvre aux petits et aux grands les trésors de sa magnificence : beauté de la psalmodie, chant et littérature sacrés, lumières, harmonie des mouvements, dignité du maintien. 
Avec un art souverain, la liturgie exerce une véritable séduction sur les âmes, qu'elle touche directement, avant même de mouvoir les énergies de l'esprit. Mais c'est un art délicat, aux antipodes d'une certaine liturgie post-conciliaire, "devenue opaque et ennuyeuse, par son goût du banal et du médiocre, au point d'en donner le frisson." (Cardinal Ratzinger, Entretiens sur la Foi) Craignons également la race des animateurs qui se mêlent d'introduire du nouveau dans la célébration pour la rendre plus attrayante. C'est encore le cardinal Ratzinger qui nous avertit : "La liturgie n'est pas un show, un spectacle qui ait besoin de metteurs en scène géniaux ni d'acteurs de talent. La liturgie ne vit pas de surprises "sympathiques", de "trouvailles" captivantes, mais de répétitions solennelles." (Ibidem)

Disons quelques mots de la solennité. Surtout, ne pas la confondre avec le décorum. Loin de peser comme une surcharge, la solennisation des rites veut exprimer par transparence l'éclat du surnaturel. Parvenue à une certaine hauteur, toute liturgie sacrée tend au moyen d'un rituel à nous faire sortir du banal et du quotidien, non pas dans un but esthétique, mais pour suggérer au regard des fidèles que l'action qui se déroule vient de Dieu. La majesté du déploiement liturgique n'a pas d'autre fin, elle signifie que quelque chose de céleste vient toucher la terre. Saint Grégoire, le grand pape bénédictin du VIe siècle, l'a écrit dans ses Dialogues : "A l'heure du sacrifice, le ciel s'ouvre à la voix du prêtre ; en ce mystère de Jésus-Christ, les chœurs des anges sont présents, ce qui est en haut vient rejoindre ce qui est en bas, le Ciel et la Terre s'unissent, le visible et l'invisible ne font plus qu'un."(IV, 60).

La solennité du culte est partie intégrante de la liturgie catholique et doit être cultivée comme un élément de son propre message, à la condition toutefois que cette solennisation ne sombre pas dans le pompeux et le maniérisme. La réussite suprême de l'ornement est de si bien convenir qu'il se fasse oublier. Mais les accusations de triomphalisme sont une insulte à la joie des pauvres qui aiment voir exalter la grandeur. Voici encore ce qu'en pense le cardinal Ratzinger : "Il n'y a pas trace de triomphalisme dans la solennité du culte avec laquelle l'Eglise exprime la gloire de Dieu, la joie de la foi, la victoire de la vérité et de la lumière sur l'erreur et les ténèbres. La richesse liturgique n'est pas la richesse de quelque caste sacerdotale ; c'est la richesse de tous, des pauvres aussi, qui la désirent en fait et ne s'en scandalisent absolument pas." (Ibidem)
Veut-on saisir à plein le pouvoir convertisseur de la beauté liturgique ? Rien de plus éclairant sur ce sujet que la savoureuse Chronique de Nestor. Elle relate que, lorsque le prince Vladimir de Kiev, encore païen, voulut adorer le Dieu unique, il écouta Musulmans, Juifs et Grecs, venus lui exposer chacun leur religion. Il envoya donc une ambassade de dix hommes pour aller voir de leurs propres yeux comment chacun des solliciteurs pratiquait sa liturgie. Après avoir visité les mosquées chez les Bulgares, ils arrivèrent à Constantinople.
"L'empereur de Byzance, raconte Nestor, envoya un message au patriarche disant : "Des Russes sont venus dans l'intention d'étudier notre religion ; prépare l'église et ton clergé, revêts ton costume pontifical afin qu'ils voient la gloire de notre Dieu". Alors le patriarche appela le clergé ; on célébra les solennités suivant l'usage, on brûla de l'encens, et on chanta des chœurs. Et l'empereur alla avec les Russes dans la basilique, et on les fit placer dans un endroit d'où l'on pût bien voir ; puis on leur montra les beautés de l'église, les chants et le service de l'évêque, le ministère des diacres, en leur expliquant le service divin. () Revenus au pays, ils dirent aux princes et aux Boyards : "Nous avons été d'abord chez les Bulgares et nous avons observé comment ils adorent dans leurs temples ; ils se tiennent debout sans ceinture ; ils s'inclinent, s'assoient, regardent çà et là comme des possédés, et il n'y a pas de joie parmi eux, mais une tristesse et une puanteur affreuses. Leur religion n'est pas bonne C'est alors que nous sommes allés en Grèce et on nous a conduits là où ils adorent leur Dieu. Dès cet instant, nous ne sûmes plus si nous étions dans le ciel ou sur la terre ; car il n'existe pas de tel spectacle ici-bas, ni de telle beauté. Nous ne sommes pas capables de le raconter ; mais nous savons seulement que c'est là que Dieu habite au milieu des hommes ; et leur office est plus merveilleux que dans les autres pays"".
La leçon se dégage d'elle-même. La liturgie fait plus que nous décrire les merveilles de la Patrie céleste. Elle nous entrouvre les portes du Royaume. L'homme y pénètre corps et âme : la vue, l'ouïe, l'odorat, tout lui parle de Dieu. Mais combien de nos contemporains et même, hélas ! combien de fils de l'Église, savent qu'ils ont là la clef d'or du Paradis ?

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