NOTRE DAME DE L'ASSOMPTION

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PAROISSE de BOUGIVAL


Attentat en Jordanie : « Les chrétiens resteront ici, sur leur terre »

Publié par Paroisse Bougival sur 1 Novembre 2026, 18:36pm

Catégories : #VIE de L'EGLISE

Père Rifat Bader

Père Rifat Bader

Publié le 28/10/26 sur le site Aleteia

Une attaque terroriste perpétrée le 23 octobre dernier contre une église grecque-orthodoxe à Karak, dans le sud de la Jordanie, a tué 9 chrétiens. Le père Rifat Bader, prêtre en Jordanie, directeur du Centre Catholique des Études et de Médias en Jordanie, détaille auprès d'Aleteia les conséquences du drame et les défis auxquels font face les chrétiens du pays.

Aleteia : Qui sont les chrétiens de Jordanie aujourd’hui ? Quelle est leur place dans la société jordanienne, quelle est leur histoire dans cette région et comment contribuent-ils à la vie culturelle, sociale et religieuse du pays ?
Père Rifat Bader : Les chrétiens ne sont pas des nouveaux venus en Jordanie. Leur présence est profondément enracinée dans l’histoire de cette terre, notamment depuis le baptême de Jésus-Christ dans les eaux du Jourdain, sur sa rive orientale, comme en témoignent les sources bibliques, historiques et archéologiques. La Jordanie prépare actuellement l’année 2030, qui marquera le deuxième millénaire du baptême du Christ. Jean-Baptiste, qui a baptisé Jésus, est d’ailleurs considéré comme le saint patron de l’Église en Jordanie. Ces préparatifs rappellent l’ancienneté de la présence chrétienne dans notre pays. Près de deux mille ans après cet événement, les chrétiens demeurent actifs dans tous les domaines de la société. Nous ne vivons pas notre situation de minorité numérique comme un complexe. Ce qui compte, c’est notre contribution au bien commun. Cette contribution se manifeste d’abord dans la vie spirituelle et ecclésiale. La Jordanie compte onze communautés ecclésiales officiellement reconnues, auxquelles s’ajoutent d’autres Églises qui attendent encore leur reconnaissance. Nos églises, anciennes comme modernes, témoignent de cette présence. L’inauguration récente de l’église du Baptême du Christ, sur les rives du Jourdain, en présence de représentants du pape et du roi, en est une illustration.

« Cette souffrance nous oblige à réfléchir à la manière dont le terrorisme traite la vie humaine comme si elle n’avait que peu de valeur. »

La deuxième dimension est éducative et culturelle. Les Églises supervisent plus d’une centaine d’établissements scolaires. Les écoles du Patriarcat latin de Jérusalem, dont l’histoire remonte à plus de 160 ans, ont contribué à former plusieurs générations, bien avant la fondation de l’Émirat de Transjordanie. Nous disposons également d’établissements d’enseignement supérieur, dont l’Université américaine de Madaba, ainsi que de centres culturels et d’institutions médiatiques, comme le Centre catholique d’études et de médias que je dirige. Enfin, notre présence est caritative et sociale. Des associations comme Caritas Jordanie viennent en aide aux personnes démunies, aux familles dans le besoin et aux réfugiés, notamment irakiens et syriens. Les congrégations religieuses participent également à la vie sanitaire du pays à travers leurs établissements hospitaliers. Les chrétiens sont aussi présents dans les institutions publiques, l’armée, les services de sécurité, les médias et la vie économique. Ils sont représentés au Parlement et au Sénat, et des personnalités chrétiennes occupent des responsabilités gouvernementales. Notre contribution ne se limite donc pas à l’Église ni aux seuls chrétiens. Les écoles chrétiennes accueillent de nombreux élèves musulmans, et les institutions que nous dirigeons sont des lieux où chrétiens et musulmans travaillent ensemble. Notre présence est ouverte au service de toute la société jordanienne.

Après l’attaque contre cette église, qui a coûté la vie à neuf chrétiens, dans quel état d’esprit se trouvent les communautés chrétiennes ? Comment les familles des victimes et les fidèles vivent-ils cette épreuve ?

Je me suis rendu dans une maison de condoléances, dans le village de Hammoud, où se sont déroulés les événements sanglants qui ont coûté la vie à neuf chrétiens. J’y ai vu la profonde tristesse des enfants des victimes, de leurs parents et de leurs épouses. Cette souffrance nous oblige à réfléchir à la manière dont le terrorisme traite la vie humaine comme si elle n’avait que peu de valeur. Les terroristes ont frappé un lieu paisible, où les fidèles se réunissent pour prier dans un esprit d’amour envers tous. Le drame est d’autant plus bouleversant qu’il s’est produit pendant les funérailles d’une femme décédée la semaine précédente.

« Cette présence chrétienne ne sera pas ébranlée par l’attentat. Nous voulons affirmer que les chrétiens continueront à vivre leur foi et à contribuer à la société jordanienne. »

Cet acte a suscité une immense émotion et un vaste mouvement de solidarité. Mais cette solidarité n’a pas été uniquement chrétienne : elle a été nationale et institutionnelle, portée par toutes les composantes de l’État jordanien. Le roi Abdallah II s’est rendu auprès des blessés et a présenté ses condoléances aux familles. La reine Rania, les princes et les membres de la famille royale ont également manifesté leur soutien. Le gouvernement et les services de sécurité se sont mobilisés pour accompagner les familles endeuillées. Personne n’aurait imaginé qu’une telle tragédie puisse se produire dans un pays comme la Jordanie. Comme l’a rappelé le pape Léon XIV lors de la prière de l’Angélus, cet événement s’est produit dans un pays où la coexistence et le respect entre les religions sont particulièrement importants.

Aujourd’hui, les familles demeurent plongées dans la douleur. Mais l’ensemble de la société jordanienne, chrétiens et musulmans, les entoure de son affection, de sa fraternité et de sa proximité humaine. Nous prions pour le repos éternel des victimes, pour la guérison des blessés et pour que Dieu apporte consolation aux familles. Les forces de sécurité ont rapidement procédé à des arrestations. Selon les informations dont nous disposons, les auteurs présumés sont liés à une idéologie extrémiste et takfiriste, qui consiste à excommunier d’autres musulmans et peut servir à justifier des violences contre ceux qui sont considérés comme des ennemis.
La Jordanie est souvent présentée comme un havre de stabilité pour les chrétiens du Moyen-Orient, dans une région où leur présence est parfois gravement menacée. Après cette attaque, cette image de refuge est-elle toujours valable ? Les chrétiens se sentent-ils réellement en sécurité ?

La présence chrétienne en Jordanie est profondément intégrée à la société. Elle s’est notamment illustrée par des initiatives de dialogue interreligieux, dont certaines ont été portées au niveau des Nations unies, comme la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle.

« La société jordanienne, comme beaucoup d’autres dans le monde arabe et ailleurs, fait face à deux grands fléaux : la pauvreté et le chômage. Ces difficultés ne touchent pas uniquement les chrétiens, mais toutes les composantes de la société. »

Nous ne pouvons pas affirmer que les chrétiens de Jordanie vivent aujourd’hui dans la peur ou dans une inquiétude généralisée. Bien sûr, cette tragédie a provoqué une immense tristesse, une profonde émotion et, chez certaines personnes, un sentiment d’inquiétude. Mais nous avons constaté que, le dimanche suivant l’attaque, les églises étaient remplies de fidèles. Un dispositif important des forces de sécurité avait également été déployé autour des lieux de culte.

Pour nous, cela témoigne de la volonté des fidèles de continuer à pratiquer leur foi malgré la douleur. Cette présence chrétienne ne sera pas ébranlée par l’attentat. Nous voulons affirmer que les chrétiens continueront à vivre leur foi et à contribuer à la société jordanienne. Notre modèle de coexistence peut être une source d’inspiration pour le monde entier. Avec l’aide de Dieu, le navire jordanien continuera à naviguer vers les rivages de la sécurité, de la stabilité et de la paix.

Au-delà des questions de sécurité, quelles sont aujourd’hui les principales difficultés auxquelles les chrétiens de Jordanie sont confrontés dans leur vie quotidienne ?

La société jordanienne, comme beaucoup d’autres dans le monde arabe et ailleurs, fait face à deux grands fléaux : la pauvreté et le chômage. Ces difficultés ne touchent pas uniquement les chrétiens, mais toutes les composantes de la société. De nombreux entrepreneurs chrétiens contribuent à l’économie du pays et emploient aussi bien des chrétiens que des musulmans. Les institutions ecclésiales participent également à la lutte contre le chômage, notamment en recrutant des enseignants et des enseignantes dans les établissements scolaires. La pauvreté et le chômage demeurent donc des défis majeurs. À cela s’ajoute l’inquiétude liée à l’avenir, dans une région marquée par des tensions permanentes et une grande instabilité politique. La Jordanie a elle-même subi les conséquences des conflits régionaux. Au cours de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, plusieurs missiles ont atteint son territoire. Même lorsque nous ne participons pas directement à un conflit, nous en subissons les répercussions.

Dans un contexte de fortes tensions régionales, notamment en Israël, dans les territoires palestiniens et au Liban, comment les chrétiens de Jordanie, et plus largement les Jordaniens, vivent-ils cette instabilité ? La coexistence jordanienne peut-elle inspirer les autres communautés de la région ?

Les tensions régionales nourrissent les inquiétudes concernant l’avenir, car la Jordanie n’est pas isolée des événements qui secouent le Moyen-Orient. Les conflits ont des conséquences sur notre sécurité, notre économie et notre vie quotidienne. Nous ne pouvons parvenir à une véritable stabilité politique sans une stabilité régionale globale et sans une solution juste, durable et définitive à la question palestinienne. Nous le répétons constamment : la résolution de cette question est essentielle à la stabilité de notre région, mais aussi à celle du monde.

« Nous affirmons que les chrétiens resteront ici, sur leur terre, et qu’ils continueront à construire l’avenir dans le cadre de leur partenariat historique avec leurs frères musulmans. »

La Jordanie a, pour sa part, développé des initiatives de dialogue et de coexistence entre les religions. Nous considérons que cette expérience peut être une source d’inspiration pour les autres sociétés du Moyen-Orient. La diversité religieuse n’est pas une menace : elle constitue une richesse humaine et civilisationnelle. Nous devons continuer à construire des sociétés où chacun peut pratiquer sa foi et participer pleinement à la vie publique, indépendamment de sa religion.

Face aux départs de chrétiens de plusieurs pays du Moyen-Orient, comment envisagez-vous l’avenir de la communauté chrétienne en Jordanie ?

Un certain nombre de chrétiens ont quitté la Jordanie pour s’installer dans des pays comme les États-Unis, l’Australie ou le Canada. Mais, Dieu merci, nous n’avons pas connu de déplacements forcés de populations chrétiennes comparables à ceux qui se sont produits ailleurs dans la région.

Je pense notamment à la Palestine, où la situation liée à l’occupation a contribué au départ de nombreux chrétiens, ainsi qu’à l’Irak, où les organisations terroristes ont provoqué de profondes souffrances au cours de la dernière décennie. Nous affirmons que les chrétiens resteront ici, sur leur terre, et qu’ils continueront à construire l’avenir dans le cadre de leur partenariat historique avec leurs frères musulmans. La disparition des chrétiens de cette région, à Dieu ne plaise, représenterait une perte considérable pour la richesse et la diversité des sociétés arabes et moyen-orientales. Comme le soulignait le pape Benoît XVI dans son exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente, consacrée à l’Église au Moyen-Orient, une région privée de ses chrétiens, ou dans laquelle ils ne représenteraient plus qu’une présence très réduite, ne serait plus celle que nous avons connue au fil de l’histoire. Notre responsabilité est donc de préserver cette présence, de continuer à servir l’ensemble de la société et de transmettre aux générations futures une culture de coexistence, de dialogue et de paix.

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