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PAROISSE de BOUGIVAL


LEON XIV ET LA SAINTETE : UN PAPE BERNANOSIEN ?

Publié par Paroisse Bougival sur 28 Octobre 2026, 18:26pm

Catégories : #VIE de L'EGLISE

LEON XIV ET LA SAINTETE : UN PAPE BERNANOSIEN ?

Un article de Germain Souchet publié sur le site aleteia le 07/10/26 qui mérite d’être lu !

Quand Léon XIV a appelé le 25 septembre les jeunes catholiques à rejoindre "l’histoire sainte de France" en étant eux-mêmes des saints, il a associé l’avenir de l’Église et de la France à la sainteté, comme l’écrivain Bernanos l’avait singulièrement fait avant lui. 
 
Un pape bernanosien ? Si la question mérite d’être posée, ce n’est pas seulement parce que le Saint-Père a cité Georges Bernanos lors de la première prise de parole de son voyage apostolique en France, à l’Élysée, se référant à un extrait de La France contre les robots. Naturellement, la pensée de Bernanos sur le triomphe de la Technique déshumanisante apparaît en harmonie avec celle que Léon XIV a développée, bien que sous une autre forme, dans son encyclique Magnifica Humanitas.
"VOUS ETES LES SAINTS DE FRANCE !"
Mais c’est un autre aspect de ses discours et homélies, au cours de son voyage, qui mérite d’être approfondi. Si ce voyage a eu son image - la poignante photographie du Pape penché sur Marie-Garance pour lui donner sa bénédiction -, il a aussi eu sa phrase, ce moment où, sortant de son texte écrit et improvisant dans un français très sûr, le Saint-Père a lancé aux jeunes rassemblés pour la veillée au Stade de France un retentissant : "Vous êtes les saints de France !"
Il ne s’agissait nullement là d’une phrase dite à la légère, pour flatter son auditoire. Non, pour bien comprendre la portée de cette parole forte, il faut se remémorer qu’elle faisait suite au spectacle qui venait d’être présenté au Pape et qui retraçait ce qu’on pourrait appeler "l’histoire sainte de la France", c’est-à-dire l’histoire de France vue à travers les actes de ses saints, de ste Marie-Madeleine et st Lazare débarquant en Provence à Ste-Thérèse de l’Enfant-Jésus, en passant par les saints martyrs des premiers siècles, les saints fondateurs du Moyen Âge, les saints serviteurs de la divine charité au cours du Grand Siècle et enfin les saints du renouveau catholique au 19ème siècle.
UNE HISTOIRE QUI N’EST PAS TERMINEE
Ce spectacle ne se contentait pas de rappeler les racines chrétiennes de la France, comme on contemplerait les racines desséchées d’un arbre mort, sombrant dans ce qu’on pourrait appeler un "racinisme morbide", mais montrait au contraire toute la vitalité engendrée, au fil des siècles, par les vies de nos saints. Il rappelait à juste titre que cette Histoire n’est pas terminée, puisque des béatifications et canonisations continuent d’enrichir le martyrologe français. Et puisqu’aussi, parmi les jeunes qui, symboliquement, voyaient les saints de l’Histoire leur poser la main sur l’épaule comme pour leur passer le témoin, se tenaient sans doute les saints de demain.
Le Pape a donc saisi cette perche qui lui était tendue, pour résumer en une phrase mémorable ce qu’il n’a finalement cessé de dire, à savoir qu’il appartient à la France, et notamment à sa jeunesse, de puiser dans sa riche Histoire de sainteté pour faire germer de nouvelles graines de Vie, pour faire renaître l’Église de France que l’on croyait pourtant déjà à moitié morte et enterrée, et même pour rebâtir notre pays, dont il a bien montré qu’en se détournant de son héritage chrétien, il avait sombré dans un grand vide spirituel et politique, au sens noble que ce mot peut avoir.
RENAISSANCE ET SAINTETE
C’est précisément là que cette double thématique que le Pape a plusieurs fois reprise - celle de la "renaissance" et celle de la sainteté - rejoint une des intuitions fondamentales de Bernanos. Appelant à une véritable "révolution de l’Esprit", le grand Georges avait coutume de dire qu’il fallait refaire une Église de saints car, selon sa formule célèbre : "L’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints".
Certes, la sainteté peut nous paraître un chemin hors de portée, réservé à une sorte d’élite spirituelle. Qui pourrait prétendre aujourd’hui égaler ou ressembler ne serait-ce qu’un peu aux figures immenses qui ont été présentées au cours du spectacle du Stade de France ? Pourtant, en lançant à la jeunesse française "Vous êtes les saints de France !", Léon XIV lui a rappelé une chose à la fois simple et cruciale : l’appel à la sainteté s’adresse à tous et il ne doit surtout pas être confondu avec une quête de perfection ou, pire, de grandeur humaine. 
HUMILITE ET RESISTANCE
Cela, Bernanos l’avait parfaitement saisi quand il écrivait, dans les dernières pages flamboyantes de sa Lettre aux Anglais : "Vous auriez tort de croire que je ne parle ici que des saints du calendrier ! Il y a des millions de saints dans le monde, connus de Dieu seul, et qui ne méritent nullement d’être élevés sur les autels, une espèce très inférieure et très rustique de saints, des saints de toute petite naissance, qui n’ont qu’une goutte de sainteté dans les veines, et qui ressemblent aux vrais saints comme un chat de gouttière au persan ou au siamois primé dans les concours."
C’est maintenant à la jeunesse de France, avec le soutien de ses aînés, [...] de contribuer [...] à l’édification de la "civilisation de l’Amour" que ce le Saint-Père appelle avec constance de ses vœux - "pour que le monde ait la Vie" !
Il n’est d’ailleurs pas anodin que ce passage de Bernanos s’insère dans une réflexion plus large sur la nécessité de résister à l’État qui, déjà, se faisait de plus en plus oppressif, sortant de son rôle propre, celui de César, pour empiéter sur celui de Dieu, et limitant par là-même la liberté ontologique de l’Homme. Que Léon XIV ait autant insisté sur le rôle des saints et de la sainteté dans l’Église de France, alors que lui-même montrait la voie de la résistance à opposer aux dérives de l’État imposant la perspective de "la mort programmée" ou cherchant à remettre en cause ce qu’on appelle le "caractère propre" de l’enseignement catholique, est tout sauf un hasard. Il est probable que le Pape établissait ainsi implicitement le même lien que faisait Bernanos entre la sainteté et la possibilité de renverser l’ordre néopaïen, et donc déshumanisant, qui semble s’installer chaque jour un peu plus en France. 
"POUR QUE LE MONDE AIT LA VIE"
Que les thuriféraires de cet "ordre nouveau" se le disent : l’Église a toujours su que ces saints "existent, qu’ils survivent à tous les scandales, à toutes les trahisons, à toutes les simonies et que leur race, non moins résistante que celle des chats de gouttière, va se multiplier brusquement d’une manière prodigieuse, dès qu’elle osera parler son langage".
Sans doute la France n’était-elle plus habituée à entendre parler ce langage stimulant de la sainteté, que même l’Église n’osait plus souvent employer. Avec Léon XIV, elle l’a de nouveau entendu, utilisé avec calme et vigueur à la fois. C’est maintenant à la jeunesse de France, avec le soutien de ses aînés, de se montrer à la hauteur de l’apostrophe du Pape et de contribuer, en empruntant résolument et courageusement le chemin de la sainteté, à l’édification de la "civilisation de l’Amour" que ce le Saint-Père appelle avec constance de ses vœux - "pour que le monde ait la Vie" !

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